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Million Dollar Daddy

11 Avr Publié par dans Cinéma | Commentaires

Le réalisateur de Sideways et de The Descendants signe un road-movie, mettant en scène un père et un fils, en forme de comédie douce-amère.

Nebraska de Alexander Payne

Woody Grant n’en démord pas : il est millionnaire. N’est-ce pas la promesse d’un dépliant publicitaire qu’il a reçu ? Ce septuagénaire, porté sur la bouteille et qui ne semble plus avoir toute sa tête, est même prêt à quitter sa petite ville du Montana pour se rendre à pieds à Lincoln, dans le Nebraska (1500 kilomètres), où l’attend la cagnotte. Seulement, Mme Grant, une mégère qui jure comme un charretier, et le fils aîné, présentateur à la télévision locale, ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, le vieil homme est juste bon à rejoindre une maison de retraite, mais le fils cadet David, vendeur dans un magasin de hifi et qui vient d’être plaqué par sa compagne, accepte d’être son chauffeur…

Réalisateur notamment de Monsieur Schmidt (avec Jack Nicholson), Sideways et The Descendants (avec George Clooney), Alexander Payne voue un culte au cinéma américain des années soixante-dix, en particulier à ces films du «Nouvel Hollywood» mettant en scène des anti-héros, personnages en rupture de ban ou marginaux dont Nicholson – devant la caméra de Bob Rafelson (Cinq pièces facilesThe King of Marvin Gardens) – fut l’archétype. Ici, il emprunte en outre le noir et blanc de La Dernière séance de Peter Bogdanovich – autre œuvre emblématique de ce courant – et un acteur, Bruce Dern, qui s’illustra chez Rafelson, Sydney Pollack ou Hal Ashby.

Dialogues irrésistibles

Nebraska de Alexander PayneNebraska se nourrit de ces influences et plonge dans une Amérique rurale ou périurbaine en voie de déshérence. Les climats et les décors de l’album éponyme de Bruce Springsteen ne sont pas loin, mais l’humour évite au film de sombrer dans le road-movie dépressif. Si Will Forte (acteur comique célèbre aux Etats-Unis) est parfait en fiston patient et dévoué masquant ses propres fêlures, c’est évidemment la composition de Bruce Dern (palme d’Or de l’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes) en vieux grigou qui emporte le morceau en évoquant irrésistiblement Abraham Simpson (le père d’Homer).

Woody biberonne des bières, perd son dentier, se casse la figure, se souvient de ses jeunes années, retrouve la maison où il a grandi. Comme le temps passe… La guerre de Corée ? Il n’en a jamais parlé. Il y a des choses qu’il vaut mieux garder pour soi. C’est drôle, émouvant, un peu bancal. La vie, quoi.

Les seconds rôles ne sont pas mal non plus avec June Squibb, Stacy Keach ou Bob Odenkirk (l’avocat dans Breaking Bad). Cette histoire de million suscite les convoitises de la famille éloignée et d’anciens amis qui se rappellent au bon souvenir de Woody et des siens. Alexander Payne ne se lasse pas de filmer les ciels, les highways et les paysages désertiques, le spectateur un peu moins. Des dialogues imparables font passer baisses de rythme et répétitions. Morceaux choisis : « – Que ferais-tu d’un million de dollars ? – J’achèterais une camionnette. – Tu n’as plus ton permis.» / « –Tu as regretté d’être marié ? – Tous les jours, mais cela aurait pu être pire.» / «Tu picolerais aussi si tu étais marié à ta mère.» / « – Il est atteint d’Alzheimer ? – Non, il fait seulement confiance aux gens.» Joli film.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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