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La Favorite un « petit « Donizetti

01 Mar Publié par dans Opéra | Commentaires

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 6 février 2014. Donizetti : La Favorite. avec Ludovic Tézier .

 

 

D59P3788_3pGaetano Donizetti a, comme tout compositeur d’opéra du XIX ème siècle, obtenu des commandes à Paris, ville centrale de l’opéra romantique. La Favorite a d’ abord été commandée pour le Théâtre de la Renaissance et le titre en était l’ange de Nisida, mais a finalement été crée à l’Opéra de Paris. De ce fait le compositeur ambitieux a souscrit aux exigences de cette institution. Il a rajouté un premier acte -qui n’est pas de sa meilleure plume- ; a réécrit la partie de Léonore pour la très célèbre contralto  Rosine Stoltz.  L’opéra a connu un succès public entretenu ensuite par sa proximité avec le style d’Halévy et de Meyerbeer. Ce grand rôle de mezzo a aussi beaucoup fait pour la diffusion de l’ouvrage.

Le Capitole, pour cette nouvelle production a choisi la version française originale. Il a dû engager une distribution internationale pas toujours à l’aise avec le français. Sophie Koch initialement prévue s’est désengagée et c’est l’américaine Kate Aldrich qui relève le défi avec des moyens très différents. Sa Léonore est énergique et engagée. Scéniquement elle manque de tendresse dans les duos amoureux et vocalement elle ne dose pas très bien une voix de poitrine, certes sonore, mais manquant d’élégance. Les aigus sont tendus et passent en force. Son français est un peu vague. Fernand, rôle écrit pour Adolphe Nourrit, styliste impeccable,  est défendu avec audace par Yijie Shi, ténor né à Shanghaï. Certes la voix est claire et la puissance ne lui est pas impossible. Mais cette émission si en avant tend vers le métal le plus agressif sur un timbre banal. Elle a ainsi pu  froisser des oreilles délicates. Il tire le rôle de cet ambitieux vers une sorte de vaillance générale et gomme le bel canto et la tendresse qu’il contient. Scéniquement l’acteur est efficace. Il faut remercier le ténor chinois pour son implication dans la langue française mais ce n’est pas limiter son mérite que de dire qu’il n’y est pas très à l’aise. Le couple vedette manque donc un peu du poli belcantiste structurel de la partition  de Donizetti et bascule plutôt vers le grand opéra pompier.

Succès toulousain pour La  Favorite

C’est donc Ludovic Tézier qui leur vole la vedette, et haut la main. Il est charismatique  en roi de Castille, tendre en amoureux comblé, puissant dans la violence de la rage de la jalousie. Il  gagne en noblesse dans le choix final du pardon ambigu. L’acteur est parfait dans ce rôle de puissant qui veut se contrôler et en devient un peu distant. Vocalement le moelleux de la voix et la beauté du timbre font merveille, les lignes de chants sont ciselées, les trilles précisément réalisées. Le style belcantiste est présent avec de belles nuances et des colorations variées de la voix. Du grand art!  Le grand rôle de basse est un peu emphatique mais Giovanni Furlanetto l’humanise et chante à merveille tout du long. Marie-Bénédicte Souquet est une Ines sensible et émouvante avec une voix de soprano passant très facilement dans les ensembles. Cette présence forte est une qualité qu’elle partage avec Alain Gabriel en Don Gaspar.

La mise  en scène est sage. Conscient de la grande faiblesse du livret, Vincent Boussard  ne cherche pas à y suppléer.  Les costumes de Christian Lacroix étaient très attendus. Ils sont merveilleux de couleurs et la beauté des étoffes ravit l’œil. Les aspects décalés des costumes (manque de fini), d’ asymétrie systématique et de manche de tee shirt,   sont comme un clin d’œil à la faiblesse de l’opéra lui-même.  Les lumières de Guido Levi  animent admirablement un décor très simple et modulable de Vincent Lemaire. Dans la fosse, l’Orchestre du Capitole brille de mille feux. La direction engagée d’Antonello Allemandi est très théâtrale,  insufflant une belle énergie aux musiciens, choristes et solistes, tout particulièrement dans les grands ensembles avec choeurs. L’émotion du final de l’opéra, la plus belle musique de l’ouvrage, lui doit bien plus que les chanteurs solistes. Les choeurs sont vocalement  présents avec efficacité et grandeur,  tout en étant beaux  à voir.

La partition écrite pour séduire le public français a été bien défendue à Toulouse. D’autres partitions plus subtiles de Donizetti sur des meilleurs livrets sont attendues, le Capitole en a les moyens.

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 6 février 2014. Gaetano Donizetti ( 1797-1848) : La Favorite, Opéra en quatre actes, version originale française sur un livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaëz créée le 2 décembre 1840 à l’Académie royale de musique, salle Le Peletier ; nouvelle production. Vincent Boussard : Mise en scène; Vincent Lemaire : Décors; Christian Lacroix : Costumes; Guido Levi : Lumières. Avec : Kate Aldrich, Léonor de Guzman; Yijie Shi , Fernand; Ludovic Tézier, Alphonse XI, roi de Castille; Giovanni Furlanetto, Balthazar; Alain Gabriel, Don Gaspar; Marie-Bénédicte Souquet,  Inès; Chœur du Capitole , Alfonso Caiani,  direction ; Orchestre national du Capitole; Antonello Allemandi : direction.

Illustration : © P. Nin 2014

Hubert Stoecklin

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