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Israel Galván

23 Fév Publié par dans Danse | 1 commentaire

On sort abasourdi de la danse d’Israel Galván. Perturbé, dérouté.

Le théâtre est nu, projecteurs, régisseurs, fils et ficelles semblent être là pour les hasards d’un premier filage. Il n’en est rien, et ce bazar est rigoureusement chorégraphié. Cinq tableaux, cinq stations d’un chemin de croix : Prologue, l’Homme, la Femme, Entracte, La mort. Comment peut-on danser l’extermination des tsiganes par les nazis ? Violemment, bruyamment.

IsraelGalvan

Israel Galván

Ce corps-là est, de fait, plus modeste et plus intelligent que les autres : il n’annonce jamais qu’il va devenir sublime [1]. Le corps est aminci, le visage émacié par la barbe. Un salut nazi qui se racornit comme feuille morte. Israel Galván « [danse] comme si c’était le dernier jour, toujours ». De profil dans les rectangles de lumière, dialoguant avec sa solitude, là-bas, au fond de la coulisse. Coincé dans ce piano couché sur la tranche qui rend tripes et cordes. Foulant aux pieds la peur sur une plaque de tôle incurvée. Couché comme un cadavre, Zig et zig et zag, la mort en cadence / On entend claquer les os des danseurs. Dangereusement écartelé sur les rails sinistres, pour des zapateados défiant l’équilibre. Tout accident provoqué, voire recherché par les différents dispositifs participe de [la] plasticité [2] du danseur. Accessoires et corps sont objets sonores, prétextes à nundillos étranges, inquiétants. Et quand il s’arrête, il ne s’arrête pas pour autant de danser. Il danse sans arrêt, donc il danse son arrêt [1].

BelenMaya

Belén Maya

Une fille (Belén Maya) en jupe à fleurs sur un pantalon de survet rose, chaussettes et sabots. Elle semble danser librement mais sera bientôt accrochée dans les cordes sorties des entrailles du piano, étendue comme du linge, enchevêtrée dans les barbelés. Une autre fille, très belle en Carmen grotesque (Isabel Bayón), fait un Cabaret inquiétant.

IsabelBayon

Israel Galván, Isabel Bayón

Chants et poèmes (en espagnol, en allemand, en dada), grincements du violon (Eloisa Cantón), accents de Tannhaüser, écho sinistre des poutrelles précipitées et traînées au sol, palmas et percussions. La danse est opéra. Sublime, tragique.

Le finale est un duo éphémère et rare, où Israel Galván et Belén Maya, pieds nus, s’avancent vers le néant. Les corps se touchent, se soutiennent. Alors les murs s’élèvent, implacables, entre scène et salle, et ces gens qu’on n’entend presque plus restent derrière. Noir.

[1] Georges Didi-Huberman – Le Danseur des solitudes. Les Éditions de Minuit 2006
[2] Corinne Frayssinet Savy – Israel Galván. Danser le silence. Actes Sud 2009

Photos © Javier del Real

TNTCDC, 16 février 2014

Une chronique de Una Furtiva Lagrima.

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Un commentaire

  • Pressnitzer gil dit :

    Le spectacle d’Israel Galvan appelle bien des réserves, en effet il est fortement contestable, car s’il se veut généreux il est marqué par une grande confusion mémorielle entrelaçant sur un même plan la Shoah des juifs et l’extermination de 220 000 Tziganes d’Europe Centrale,( et non pas des gitans).

    Si le premier tableau ancré dans le flamenco est remarquable, tout se gâte très vite dans un grand bric-à-brac mélangeant le futile au dérisoire et au tragique, mais surtout il y a des fautes graves : on ne ridiculise pas le poème de Paul Celan Fugue de mort, on ne se trompe pas historiquement sur la déportation des juifs hollandais datant de 1942 et non de 1940, on ne danse pas sur les barbelés on y meurt, et pire on ne fredonne pas une chanson d’amour en hurlant : J’ai Hitler dans mon cœur !

    Et la danse s’étiole en devenant mécanique par les mêmes gestes répétitifs et lassants.

    Israel Galvan ne devrait pas parler de tels sujets sans une plus grande lucidité, aussi au final un spectacle parfois obscène par ses mélanges et en tout cas « le réel » lui a échappé. Le flamenco porte en lui-même suffisamment de tragique, pour ne pas se fourvoyer maladroitement dans l’histoire, même avec les meilleures intentions du monde.


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