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Monsieur Marius : tout d’un grand

14 Fév Publié par dans Gastronomie | Commentaires

Ouvert début décembre, Monsieur Marius propose une belle cuisine revisitant des classiques bistrotiers avec originalité et à prix cassés.

Décidément, ces derniers mois à Toulouse, les fourneaux ont connu un salvateur coup de jeune avec l’installation de néo-chefs comme Aziz Mokthari (Les P’tits Fayots, créé voici un peu plus de deux ans), Simon Carlier (Solides, un peu plus d’un an) ou Yohann Travostino (Le Solilesse, été 2013) qui, chacun avec son histoire et son talent, a apporté créativité, fraîcheur, plaisir, sur des tables en déclinaison bistrotière.

Monsieur Marius

Gourmand et évident

Dernier venu dans ce registre : Monsieur Marius, alias Nicolas Brousse et sa compagne Margaux Ventresque, installé au 40 de la rue des Filatiers. Avant même l’ouverture, un fin limier en quête permanente de nouvelles adresses toulousaines avait attiré notre attention sur le pedigree du chef passé notamment chez Franck Putelat à Carcassonne (2 étoiles) et Michel Sarran à Toulouse (2 étoiles itou). D’accord, très bien, mais on ne va pas au restaurant pour déguster un CV. Deux déjeuners et un dîner permirent d’avoir une idée plus précise de l’endroit. Nous y goûtâmes un sablé de parmesan, compotée d’oignons et copeaux de jambon (extra), une joue de bœuf confite au vin et olives coquillos (délicieusement fondante), un millefeuille à la vanille ou un Paris Brest (enfin Paris Toulouse) réconciliant les plus méfiants avec le sucre.

Toujours côté desserts, le «Comme un cheesecake, réglisse et spéculos» séduit par sa légèreté tandis que les mariages terre/mer qu’affectionne le chef offrent de jolies surprises à l’image des boulettes de gambas et cochon sur une bisque crémeuse. C’est gourmand, joueur, évident. Le suprême de volaille fumé avec sa «sucette d’abats» et ses orecchiettes surgit tout en finesse de sa cassolette affichant cuisson parfaite et saveurs équilibrées. Les amateurs de poisson peuvent choisir, par exemple, un lieu pané aux cacahouètes, wasabi, chou cru et cuit et fruit de la passion.

Simplicité et sophistication

Un mélange de simplicité et de sophistication caractérise la cuisine de Nicolas Brousse, grand gaillard de 32 ans qui avoue avoir rêvé d’être cuisinier dès l’enfance quand la plupart s’imaginent policier, pompier ou cowboy. Nul héritage familial dans cette vocation sinon le goût de son père et d’une grand-mère pour la cuisine, les beaux produits, les volailles et les légumes de la ferme. Il fait ses premières armes dans la pâtisserie (comme d’ailleurs sa compagne Margaux) avant de devenir chef à la Bergerie Aragon (une étoile) et de poursuivre sa route au Petit Comptoir à Narbonne et à La Bastide de Cabriès non loin d’Aix. Là-bas, en avril dernier, naît l’envie avec Margaux de monter leur propre affaire. Toulouse, où ils vécurent, apparaît comme la destination idéale pour donner naissance à «quelque chose qui nous ressemblait». Bien vu.

Boulettes de gambas et cochon © R. LafargeCar avec des menus à 16 (entrée/plat ou plat/dessert) et 20€ (entrée/plat/dessert) à déjeuner et 31€ à dîner, Monsieur Marius s’installe dans un rapport qualité/prix insolent qui taille en pièces nombre de concurrents où le client est considéré comme un mouton à tondre. La carte des vins – en construction – propose déjà de belles choses à prix raisonnables : les rouges du domaine Léon Barral à Faugères, le Bianco Gentile d’Antoine Arena, le brut nature des Plageoles et d’autres vins d’auteur propres à accompagner les classiques revisités par Nicolas Brousse qui avance en toute modestie avoir la volonté de «faire plaisir aux gens». Mais il confie en même temps envisager une «cuisine plus audacieuse» et le désir de «faire voyager».

A peine quelques semaines après l’ouverture, Monsieur Marius affiche déjà une prestation impeccable qui a attiré dans ce restaurant de 28 couverts bien des gastronomes d’ici ou d’ailleurs. Les compliments fusent, les assiettes de retour dans les cuisines scrupuleusement «nettoyées» parlent d’elles-mêmes, les échanges des clients avec leurs voisins en disent beaucoup. Pour l’avenir, qu’on lui prédit plutôt rose, on souhaite à Nicolas Brousse d’affirmer plus encore sa personnalité, de creuser son sillon, de suivre ses envies, de ne pas abandonner son humilité – trop rare dans ce milieu comme ailleurs – tout en affichant et en affinant ses convictions gastronomiques. En attendant, on ne saurait que trop conseiller la fréquentation de Monsieur Marius.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Monsieur Marius – 40, rue des Filatiers. Ouvert du mardi au samedi, midi et soir.
Tél : 05 61 25 07 07. 

Réservation conseillée.

 

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