Close

Turbulences économiques et sentimentales

29 Jan Publié par dans Littérature | Commentaires

Christophe Carlier met en scène dans un conte moral drolatique des êtres ordinaires dont le destin bascule au gré d’un contrat signé avec un client américain.

Christophe Carlier - L’Euphorie des places de marchéAprès un premier roman intitulé L’Assassin à la pomme verte, Christophe Carlier confirme avec L’Euphorie des places de marché son goût pour les titres originaux. En l’occurrence, ils traduisent bien le pas de côté, la pointe de fantaisie et l’humour grinçant dont l’écrivain – par ailleurs auteur d’un remarquable petit texte consacré à Sempé – fait preuve. Ici, nous découvrons trois personnages travaillant au sein de Burnonex, société spécialisée dans la livraison de bureaux. Norbert Langlois, directeur commercial, est fasciné par «la crise et les krachs, les dettes et les doutes, les soubresauts de la zone euro» que commentent, pour son plus grand bonheur, quelques économistes «déclinistes» sur les ondes. Les retraites, la dette, le chômage : tout va mal et seuls les meilleurs s’en tireront. Sans doute pas Agathe Pichenard, secrétaire depuis vingt ans dans la boîte et qui est passée maître dans l’art de tirer au flanc tout en détestant cordialement ses collègues – avec une prédilection pour le jeune loup Langlois qui lui voue une haine obsessionnelle. Enfin, la jeune Ludivine, stagiaire ne comptant pas ses efforts traque l’homme idéal sur Internet, mais rêve surtout de son ambitieux patron. En l’espace de quelques jours, la destinée – professionnelle et sentimentale – du trio va se jouer autour d’un important contrat signé avec un client américain de passage à Paris. Des personnages secondaires sortent de l’ombre et à l’instar des places financières turbulentes, certaines valeurs s’envoleront quand d’autres s’écraseront…

Christophe Carlier brosse une comédie de mœurs alerte et acide en forme de conte moral. Drôle de temps que cette époque où Léonard de Vinci, Sophocle et Platon ne pèsent plus guère face à la froideur comptable du grand marché. L’auteur choisit d’en rire en saisissant parfaitement le sabir contemporain qui pourfend «le passéisme, l’absence de perspectives, le renoncement à tout projet managérial». On parle d’«ajustements» (comprendre plans sociaux et licenciements), mais l’apparente rationalité de l’économie se révèle aussi imprévisible que les élans du cœur. Bruno Podalydès serait le metteur en scène rêvé pour une adaptation cinématographique de L’Euphorie des places de marché. En attendant un hypothétique film, il faut lire ce roman réjouissant.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

L’Euphorie des places de marché, Serge Safran Éditeur, 192 p.

 

Partager : Facebook Twitter Email

 


Christian Authier Plus d'articles de