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A la recherche du fils perdu

19 Jan Publié par dans Cinéma | Commentaires

Entre émotion et humour, Philomena de Stephen Frears met en scène un tandem épatant incarné par Steve Coogan et Judi Dench.

Au milieu et à la fin des années quatre-vingt, Stephen Frears fut consacré par la critique française comme un cinéaste important. Le Britannique né en 1941 fit ainsi son retour sur le grand écran (après ses débuts en 1971 avec le polarGumshoe et un long intermède comme réalisateur pour la télévision) au gré d’une série de films acides et nerveux – The HitMy Beautiful Laundrette,Prick Up Your EarsSammy et Rosie s’envoient en l’air – qui firent de lui le fer-de-lance du renouveau du cinéma anglais. Son départ à Hollywood, où il signa d’emblée Les Liaisons dangereuses et Les Arnaqueurs, confirmèrent son statut. Les plus éminentes revues cinéphiles comme Les Cahiers du Cinéma et Positif lui consacrèrent Unes et dossiers.

Philomena de Stephen Frears avec Steve Coogan et Judi Dench

On lui octroya même le noble statut d’«auteur», label édifié dans les années cinquante par les «jeunes Turcs» des Cahiers qui deviendront cinéastes (Truffaut, Godard, Rohmer, Chabrol, Rivette…). Puis, patatras. Stephen Frears ne suscita qu’indifférence. Ses films ne cessèrent pourtant pas de se succéder à un bon rythme, produits aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, sans vraiment rien perdre de leurs qualités. Seulement, Frears avait été surestimé avant d’être sous-estimé. Il n’avait sans doute jamais été l’un de ces «auteurs» qu’aime célébrer une certaine critique. Juste un «faiseur», un artisan très doué, tel que le Hollywood de l’âge d’or fabriquait à la chaîne. Un cinéaste capable de mettre en images, avec évidemment plus ou moins de bonheur, un mélo, un thriller, une adaptation littéraire, une comédie… Il ne faut pas chercher de thématique ni de signature stylistique chez Stephen Frears qui a l’humilité et le talent de se mettre au service d’une histoire, d’un scénario, d’acteurs. Il est capable de réaliser le décevant Chérid’après Colette ou l’excellent Tamara DrewePhilomena appartient à sa meilleure veine.

Very Good Trip

En Irlande, au soir de son existence, Philomena Lee confie à sa fille qu’elle tomba enceinte, alors adolescente, et qu’elle donna naissance à un garçon prénommé Anthony. Prise en charge par une institution religieuse, elle va voir son enfant grandir jusqu’à ce qu’il soit adopté par des étrangers. Cinquante ans après, elle décide de partir à la recherche de ce fils qu’on lui a enlevé. Dans sa quête semblant vouée à l’échec, la vieille infirmière reçoit l’aide d’un journaliste au chômage, Martin Sixsmith, ex-correspondant de la BBC à Moscou à la recherche d’un sujet de livre…

Philomena  - Judi Dench

Au-delà de l’intrigue (inspirée d’une histoire authentique), le film de Stephen Frears repose sur la bonne vieille opposition de caractères. Philomena n’est que bonté et simplicité, fervente croyante, préférant le pardon à la colère et à la rancœur. Martin est cynique, amer, mordant, athée, snob. Pour camper cela, il fallait deux grands acteurs. Par ailleurs, coscénariste et producteur du film, Steve Coogan (vedette comique en Angleterre révélée par la télévision avant de faire carrière au cinéma) et Judi Dench (alias M chez James Bond, déjà dirigée par Frears dans Madame Henderson présente) sont formidables. Le tandem se partage les sentiments : à lui le désabusement et la colère, à elle l’émerveillement et la douceur. Il y a là de la douleur, mais aucun pathos. L’humour et la tendresse font le reste.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Philomena de Stephen Frears avec Judi Dench, Steve Coogan. Durée : 1h38.

 

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