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Délits d’initiés

09 Jan Publié par dans Littérature | Commentaires

Le troisième roman de Flore Vasseur, En bande organisée, plonge le lecteur dans les arcanes de la finance internationale. Percutant et jubilatoire.

En bande organisée - Flore VasseurUn roman ayant pour matière la crise financière et les mutations à l’œuvre dans la sphère économico-politique : de prime abord, En bande organisée pourrait rebuter certains lecteurs craignant thèse et didactisme. Ce serait méconnaître l’art et la manière de Flore Vasseur révélés par Une fille dans la ville et Comment j’ai liquidé le siècle. Ici, elle met en scène une bande d’anciens élèves d’HEC qui, vingt ans plus tard, se retrouvent au cœur ou dans la périphérie du pouvoir, à savoir par ordre d’importance : finance, communication, politique, presse. Voici Sébastien, Jérémie, Clara, Bertrand, Vanessa, Alison et Antoine, vilain petit canard devenu maître en piratage informatique.

«Depuis le berceau, les écrans les relient à la matrice, ce qu’ils tiennent pour vrai : les médias de masse, la rumeur publique, l’algorithme de Google. Ils sont les meilleurs éléments de la première génération élevée par les marques et la télévision. De très hauts potentiels, les exaltés du Grand Capital, des enfants gâtés, rentiers d’une France qui les a faits et qu’ils détestent de plus en plus», écrit l’auteur en décrivant des créatures dont le roman va révéler, pour certaines, les failles et les ambigüités.

Finance d’abord

Cependant, les personnages principaux du roman sont l’Europe et la finance, machines que Flore Vasseur décortique au scalpel, disperse au bazooka. «Maastricht a phagocyté le politique, l’Union monétaire est un échec économique et social. La classe politique actuelle est née avec le projet de construction européenne. Incapables de se défaire du mythe, elle retarde sa propre implosion, s’enfonçant chaque jour un peu plus dans le n’importe quoi», écrit-elle. En bande organisée est un thriller original puisque les coupables sont clairement identifiés : «le personnel politique européen à droite comme à gauche et les banques d’affaires anglo-saxonnes depuis 1995». Leur forfait ? Avoir construit l’Union économique et monétaire sur un jeu d’écriture, des comptes trafiqués, «un vaste système à la Ponzi». Avoir transformé l’Europe en «produit financier pourri».

Flore VasseurInspiré de faits réels, le roman de Flore Vasseur fait le récit de la démission du politique face à une ingénierie financière ayant conquis tous les leviers du pouvoir. La description du milieu médiatique, en particulier à travers le journal Bizness Day, vise en plein centre : l’exigence de rentabilité conduit à la médiocrité et à l’exploitation de stagiaires, la collusion avec les puissants transforme le titre en machine à fabriquer du consentement. «Il y avait la banalité du mal, il y a maintenant la banalité du renoncement, culturel. C’est un effondrement silencieux, intérieur et collectif, qui mine la révolte en la décrédibilisant avant même son apparition», souligne pertinemment la romancière qui n’épargne personne dans son jeu de massacre.

Au fil des pages apparaît la fragilité d’un système qui demande à être jugé non sur ses résultats, mais par rapport à des ennemis largement fantasmés ou imaginaires : les «populistes», les «nationalismes», la guerre… Quant aux serviteurs du système, ils peinent à effacer leur condition d’esclaves volontaires : «Planqués derrière leur parti, multinationale ou rédaction, ils se tiennent à l’écart de la vraie vie. Leur suffisance masque une docilité extrême. Ils campent devant les portes de ce qu’ils croient être le pouvoir.»

 Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

En bande organisée, éditions des Equateurs, 320 p.

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