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Nicolas Rey, éloge de la beauté du geste

19 Déc Publié par dans Littérature | Commentaires

L’écrivain publie avec La Beauté du geste un recueil de textes et de chroniques.

On a beau aimer les romans de Nicolas Rey, la méfiance est au rendez-vous lorsque l’on reçoit son dernier livre : un recueil de chroniques écrites pour les magazines ZurbanL’OptimumVSDParis-Match ou pour France Inter. Cela sent le «fond de tiroir», le recueil vite compilé qui fait patienter l’éditeur avant la remise du prochain roman. En souvenir de ses œuvres passées, dont Mémoire courte ou Un léger passage à vide, on ouvre quand même l’ouvrage. Le hasard fait bien les choses puisque l’on tombe sur une évocation de Jean-Marc Roberts, «joueur magnifique», à l’occasion de son récit autour de François-Marie Banier.

Nicolas Rey © Jean-Philippe Baltel

«La vie est une farce qui roule en mob sans casque et qui passe mal à la télévision», note Nicolas Rey toujours prompt à épouser les costumes et les humeurs de ceux qui inspirent sa plume. Non par mimétisme ou souci de plaire, mais en raison de la solidarité unissant les estropiés, les marginaux, les insouciants. Dandy cathodique et radiophonique, Rey est d’abord un écrivain sachant que les paroles et les images ne pèsent finalement pas lourd face au papier imprimé.

Vivre pour de vrai

La Beauté du geste - Au Diable VauvertContemporain de Facebook et du téléphone portable, il se souvient néanmoins de la poésie des répertoires téléphoniques d’antan dont chaque page réveille «un fantôme, un sourire oublié, un accident de voiture, une folle nuit, un cancer, une femme rencontrée dans un train, une overdose, une parenthèse». La tristesse est-elle réactionnaire ?, se demande-t-il encore. Sans doute dans «un monde où la platitude s’affiche comme un ordre nouveau». Peu importe. Mieux vaut cultiver ses singularités, ses goûts, ses nostalgies. De Proust, il a tiré une précieuse méthode de survie : «une existence n’est rien d’autre que la somme de toutes les disparitions qu’on a dû affronter. Il n’y a qu’en perdant son amour qu’on peut transformer la banalité d’une histoire en roman, et se mettre, enfin, à vivre pour de vrai.»

La Beauté du geste renferme des manières d’aphorismes à la Paul-Jean Toulet ou à la Frédéric Berthet : «Un plafond haut facilite la qualité des sentiments. Voilà pourquoi on s’aime beaucoup dans les palaces. À la belle étoile aussi.» ; «Paris est une dame âgée qui ne donne jamais tout et qui, parfois même, t’offre quelque chose.» Benicio del Toro, Catherine Deneuve, l’écrivain Jean-Pierre Martinet défilent au gré de rencontres ou de portraits, mais aussi des souvenirs, des décors, des choses vues, des déclarations d’amour. La «beauté du geste» est «l’inverse de la perfection», précise l’auteur de Courir à trente ans. Il a raison. La perfection est ennuyeuse et seule la beauté sauvera le monde.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

La Beauté du geste, éditions Au Diable Vauvert, 178 p.

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