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Mahler symphonie n°9, le concert qu’il ne fallait pas rater. Un Budapest Festival Orchestra « scotchant »

11 Déc Publié par dans Musique classique | Commentaires

Consulter mon article sur l’annonce du concert.

Surtout ne pas omettre de lire le compte-rendu ici présent de Gil Pressnitzer auquel j’adhère totalement sur les émotions suscitées par un tel engagement et un tel choix en tous points dans l’interprétation. Ou, quand tout paraît clair, limpide…évident.

Des œuvres pareilles données en concert, on peut les appréhender. Mais, la présence d’un chef comme Ivan Fischer que nous connaissons si bien maintenant à la Halle, doit nous rassurer, d’autant qu’il dirige SON Budapest Festival Orchestra. Rassurés, nous le fûmes et ce, dès les premières mesures de ce monument.

Iván Fischer à Lucerne © Lucerne Festival/Georg Anderhub

Il ne restait donc plus qu’une chose à faire, tendre les deux oreilles pour que nos quelques milliers de cellules sensorielles ciliés s’imprègnent sur près de quatre-vingt dix minutes de ce fleuve musical au parcours si particulier. Et sans perdre une seconde aussi du spectacle de cette phalange littéralement domptée, d’une extraordinaire présence, d’une extraordinaire réponse, vrombissante à souhait telle un moteur de 500 ch, alignant ses huit contrebasses devant l’ensemble des percussions, les deux harpes, chacune en pointe de la formation, offrant alors tellement mieux leurs notes si précieuses à l’auditoire. La disposition des pupitres n’était pas pour rien dans ce son merveilleux d’une si exceptionnelle intensité rendant les silences encore plus…musicaux. Tous les instruments furent splendides – les cordes !! –  et d’une sûreté extraordinaire – les bois stupéfiants – les cuivres, renversants. Et le son du Budapest ! chaque année un peu plus personnel, comme on peut le dire pour certains vins, du corps, de la chair, mais construit, architecturé avec une clarté confondante tant dans les fortissimos que dans les pianissimos les plus inaudibles. Des musiciens sans chichis, prodigieusement efficaces.

Ce fut, à mes oreilles et à mes yeux, de bout en bout une réussite dans la mesure, modestement, de mes capacités à apprécier une telle œuvre en concert. Le public, un brin décontenancé n’a pas fait un triomphe littéral au chef et à son orchestre, comme s’il n’osait pas manifester sur le champ, ses impressions. Mais, gageons qu’il se souviendra, plus tard, et longtemps de cette interprétation. A l’écoute, les galettes vont paraître bien mièvres. C’est toute la magie du concert en live.

Iván Fischer à Lucerne © Lucerne Festival/Georg Anderhub

Juste quelques impressions sur les mouvements. Dès le premier, tous les états d’âme sont soulignés. C’est une approche rude, sans concession. On passe d’une douce mélancolie superbe avec les cordes sublimes dès l’introduction à une exultation, une émotion, déchirantes. Le grandiose “passionnément“ s’éteint à son tour dans un silence sidéral dont émergent cors, violons, clarinettes, débouchant sur la douceur de vie, sur l’amour. Terrifiant climat, qui débouche à son tour sur une coda admirablement ménagée, toute sublimée de tendresse et d’affection. Après un tel exploit, le maestro sort quelques minutes pour souffler et reprendre quelque force pour la suite. Déjà une demi-heure terrassante.

Pour le II et le III, pas de commentaires superflus, le chef étant d’une fidélité et d’une précision telles qu’il suffit de relire les passages concernés dans mon annonce pour applaudir le résultat confondant. Grossier (derb), lourdaud (täppisch), mais aussi tranquille (gemächliches), ou bien obstiné, rétif (trotzig)…Rien ne manque. La folie virevoltante et un brin effrayante qui clôt le III subjugue l’auditoire.

L’annonce de l’adagio est cependant contenue et d’une beauté tristement, voluptueuse. On retrouve là le cœur et l’âme  qui s’expriment et crient leur amour de la vie. Pas de pathos, ni de torture intellectuelle. Irréel. Les aigus sont à couper le souffle…Tout est fin prêt pour la tension extraordinaire de ce dernier mouvement tant attendu. Dès les premiers instants, émotion et douceur immenses, une musique presque immatérielle. Rien ne résume mieux ces dernières mesures que ces quelques mots : « C’est la bonté et la générosité qui parlent ici. Malgré le temps qui s’étire, la profondeur de la pensée est telle que l’on entend les “bruits“ du ciel, l’extase absolue est atteinte. Ces “divines“ lenteurs trouvent toute leur puissance dans l’Adagissimo où l’on touche l’infini… et son silence. » Ou encore : « Fantastique effet : de la matière, l’on s’envole vers l’impalpable. Tout semble s’évaporer. » Les pieds comme pris dans la glaise détrempée ont réussi à s’extirper. Plus rien n’empêche l’ascension et la dissipation dans les cieux.

Tout est dit.

Michel Grialou

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