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La route du vain

25 Nov Publié par dans Gastronomie | Commentaires

Faut pas prendre Les Enfants Terribles pour les fils de Bacchus. Dans ce restaurant et « bar à vins » connecté people, le jus de raisin fermenté n’est pas à la fête.

Décidément, les bars à vins et les endroits dédiés à Bacchus ne cessent de fleurir à Toulouse. La mode, qui a sévi voici vingt ans à Paris (où la tradition était déjà solide) a mis du temps à arriver sur les bords de Garonne, mais dorénavant même les buveurs les plus valeureux ne savent plus où donner du gosier. Qu’on en juge, ces douze derniers mois ont vu la naissance de Lacrima Vini (qui vient d’ouvrir une seconde enseigne), du Clos de François, du Comptoir du Vin, du Comptoir des Possibles, de Philibert, du 5 Wine Bar (avec ses 780 références !). La liste n’est pas exhaustive et l’on peut, en outre, dans la plupart de ces établissements s’attabler autour d’une formule déjeuner, d’assiettes de charcuterie, de tapas et autres grignotages, y compris le soir. Parmi les nouveaux venus : Les Enfants Terribles, situé à quelques mètres de la place des Carmes. Les premiers échos médiatiques mettaient l’accent sur le concept de l’établissement : proposer des « vins de stars ». A savoir des bouteilles « produites » (dans l’acception la plus commerciale du terme) par des vedettes d’Hollywood, en l’occurrence Brad Pitt et Angelina Jolie, Antonio Banderas, Drew Barrymore…

Brad Pitt - Angelina Jolie (Chateau Miraval)

Une telle démarche peut faire sourire les indulgents ou faire fuir les amoureux du bon et du beau. Au bling-bling, au simulacre post-moderne, à la production industrielle siglée, au commerce des apparences, on préfère le vrai et le naturel, l’expression d’un terroir et d’un artisan vigneron, pas d’un « pipole » cherchant à faire fructifier les produits dérivés de sa célébrité. Cependant, nous ne cédons pas au sectarisme ni à l’idéologie. Des temps où nous sommes, il faut tout goûter, parfois jusqu’à la lie, pour mieux fortifier ses goûts, ses enthousiasmes, ses aversions.

A boire !

Nous réservâmes donc deux couverts à déjeuner – car ces Enfants Terribles ouvrent leurs tables à midi en mode restauration – en invitant un bon compagnon, solide fourchette et verre vaillant, cuisinier émérite et gastronome exigent à qui on ne la fait pas. La carte affichait des grands classiques de bistrot ou de brasserie à des prix musclés, limite dopage : entrées de 6 € (œufs mimosas) à 22 € (pata negra), salades à 13 €, confit de canard à 20 € (si, si), entrecôte à 26 €, desserts de 5 à 8 €… Nous optâmes pour les œufs et une omelette aux cèpes (19 €) sans mauvaise surprise. C’était franc et bon, mais si l’on rate des plats aussi basiques, il faut changer d’activité. En face de nous, le tartare de bœuf tenait son rang tout en affichant un tarif fringant de 18€. Cependant, c’est plutôt du côté de la carte des vins qu’arriva la mauvaise surprise ou plutôt la rigolade. Car, au-delà des trois bouteilles people (un rosé de Provence made in  « Brangelina » à 48 €, un blanc « de » Drew Barrymore, un rouge « de » Banderas), Les Enfants Terribles proposent quinze références – blancs, rouges et rosés confondus. Et quelles références ! La Voulte Gasparets, Tariquet… Quand on pense qu’à cent mètres de là se trouve le caviste L’Envie de François Trauque, où l’on peut s’approvisionner en boutanches honnêtes et goûteuses, on se dit que les « circuits courts » ont encore des progrès à faire.

Les Enfants Terribles - œufs mimosas

Dans ces cas-là, il convient de se rabattre sur la cuvée de la maison. Hélas, elle venait du Château Cransac à Fronton. Son seul mérite fut d’épargner notre porte-monnaie (18 €), du moins au regard des autres quilles. Au final, un « bar à vins » qui affiche une vingtaine de flacons (en comptant les champagnes) mérite-t-il cette dénomination ? Restaurant ? Certes, mais à déjeuner, on peut trouver mieux et bien moins cher dans de nombreux endroits : Le Solilesse, Les P’tits Fayots, Le Tire-Bouchon (caviste-restaurant avec une centaine de références), L’Air de Famille… Cela dit, pour déguster le rosé de Brad et Angelina, il faut se rendre aux Enfants Terribles. Sans nous, merci.

Christian Authier

Les Enfants Terribles – 5, rue des Prêtres 31 000 Toulouse. Tél : 05 62 26 47 73. Ouvert du mardi au samedi, midi et soir.

 

 

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