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De l’argent, du sang, du sexe et des larmes

24 Nov Publié par dans Cinéma | Commentaires

Un casting de stars et un scénario original de Cormac Mc Carthy ne suffisent pas à faire de Cartel de Ridley Scott autre chose qu’un film de genre poussif.

Cartel de Ridley Scott - Michael Fassbender, et Javier Bardem

Un jeune et bel avocat, sur le point de se marier, décide de se lancer dans le trafic de drogues en finançant un chargement devant traverser la frontière mexicano-américaine. Ses intermédiaires, un couple étrange se vautrant dans le luxe le plus clinquant et une sorte de cow-boy aux allures de playboy, le mettent en garde contre les risques du métier, mais la cupidité est la plus forte. Evidemment, les choses ne vont pas se dérouler comme prévu et en quelques heures la vie bien réglée de l’homme de loi s’effondre…

Pour Cartel, Ridley Scott ne s’est rien refusé côté acteurs. Michael Fassbender, Cameron Diaz, Penélope Cruz, Javier Bardem et Brad Pitt se partagent l’affiche tandis que des vedettes squattent les seconds rôles (Bruno Ganz, Edgar Ramirez, Ruben Blades, Goran Visnjic…). Quant au scénario, il est l’œuvre de l’immense Cormac McCarthy dont plusieurs romans (De si jolis chevauxNo Country for Old MenLa RouteChild of God) ont été adaptés au cinéma.

Violence partout

Tout semblait donc réuni, mais Cartel se révèle d’emblée comme écartelé entre son propos – d’une noirceur absolue – et l’imagerie glamour bling-bling gorgée de Ferrari, de vêtements tapageurs, de tigres, de villas somptuaires… Certes, la vacuité et la laideur de ce luxe, ainsi que les scènes de sexe (suggérées ou explicites), ne font qu’anticiper les pulsions de mort à l’œuvre dans la deuxième partie du film. L’alchimie ne fonctionne cependant pas. Le même décalage se retrouve dans les personnages. Ils sont censés être des archétypes, des symboles, des fonctions (l’avocat, le trafiquant, le convoyeur, la femme douce, la femme fatale…) réduits à leurs seuls actes. Néanmoins, on en sait trop sur eux pour que l’abstraction ou le béhaviorisme suffise et pas assez pour qu’ils dépassent le statut de caricature.

Cartel

A son habitude, Cormac McCarthy décrit une humanité courant à sa perte, possédée par le matérialisme et l’argent. Sur les routes désertes du Mexique comme dans les quartiers d’affaires de la City, les cadavres s’amoncèlent. La cruauté et la violence s’étalent. L’indifférence et le cynisme ont rongé les âmes. Le Mal règne. Cette vision apocalyptique méritait un autre traitement. Ce n’est pas impossible : les frères Coen l’ont fait avec le magistral No Country for Old Men.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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