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Pascal Dusapin, de la musique à la photo, du Théâtre du Capitole à la galerie Pinxit

14 Oct Publié par dans Photo | Commentaires

Après Gérard Uféras, Denis Piel, Guenahel Orgebin et Hans-Christian Schink, la Galerie Pinxit à Toulouse présente à sa cinquième exposition, Accords et Traces consacrée au travail photographique du compositeur Pascal Dusapin.

« Pour écrire de la musique, il faut que j’entende des formes de sons. Pour photographier, je ne compose que des formes de sens. »

galerie Pin 1

Pascal Dusapin est l’un des compositeurs contemporains français les plus joués au monde. Alors que son opéra ­Medeamaterial, revisité par la chorégraphe Sasha Waltz a été donné à Toulouse au Théâtre du Capitole, le musicien se découvre sous un autre jour : celui de photographe. Pascal Dusapin a choisi de publier chez Actes Sud ses Études pour piano (enregistrées par la pianiste Vanessa Wagner) sous forme de livre­disque avec ses propres photos. Un second livre, Accords photographiques, coédité par la Maison européenne de la Photographie et la Librairie de la Galerie est sorti. Ce sont une trentaine de photographies tirées de ce livre qui font l’objet de l’exposition à la Galerie Pinxit. Ouverte depuis bientôt un an, elle est dédiée à la photographie d’art des XX et XXIè siècles.

Le compositeur n’a pas l’intention de changer de carrière mais la photo a toujours été essentielle pour lui, même s’il répète continuellement : « Je ne suis pas un photographe. ». Bien que la musique ait tout balayé après l’adolescence, cette pratique lui est restée en sous-bois, comme un contrepoint salutaire, un besoin d’apaisement par rapport à la violence de son écriture musicale. Mais, ce n’est pas la photo trafiquée dans un ordinateur qui l’intéresse, le passionne, on va dire que c’est l’art de la photo d’avant, d’avant Photoshop et autres logiciels trafiquants. Pascal Dusapin est un photographe de l’“ancien temps“. Le numérique et la couleur ne font pas partie de son univers. Le sien, c’est l’argentique, celui qui sait donner tout le grain à ses images.

« Le noir et blanc amplifie les contours, les contrastes. Le noir et blanc permet ce décalage, on ne peut pas savoir ce qui est photographié, façon de voir d’interpréter. Je n’ai rien contre la couleur mais j’ai un amour du noir et blanc. »

 « Je ne fais pas de numérique. C’est deux façons de voir différentes, avec l’argentique on prépare tout comme la musique. J’écris les notes, je n’ai pas le contrôle, je n’ai pas l’orchestre devant moi. C’est après que l’on découvre ce que l’on compose. C’est différent, le numérique est plus comme un miroir, on peut regarder directement, et supprimer si l’on n’aime pas. »

Pour lui, photographier, c’est isoler des espaces micro-temporels, saisir l’instant. Composer, c’est architecturer une fulgurance. « Notre plume ne danse pas sur la partition. C’est une maturation complexe et chez moi nerveusement très intense. Je viens de finir huit secondes de mon prochain opéra: ça m’a pris trois jours! »

Dans cette exposition, l’artiste a pu allier ses deux passions : « Pour ce projet c’est le hasard, les éditions Actes Sud avaient lancé cette collection. Ils ont su que je faisais de la photo donc on a profité de l’occasion. Il n’y a pas de relation entre la musique et mes clichés, il ne faut pas que les visiteurs cherchent un lien. Ce n’est pas en écoutant ma musique qu’ils vont comprendre mes photos. »

Sur ses œuvres singulières, une aile d’avion, des passants sous la neige, l’eau d’une fontaine. Il saisit le mouvement, les reflets, la lumière de la pluie, de la nuit. Il photographie tout ce qui capte son attention, le soleil passant à travers les rideaux d’une chambre d’hôtel, la brume matinale, la foule sur une place, l’ombre d’une passante. Il y a peu d’humains dans ses clichés. L’homme ne fait que passer, il n’est pas figé. On observe des formes, des objets abîmés, les lignes d’une route, d’un édifice, la structure d’un lampadaire oublié.

Pascal Dusapin © Philippe Stirnweiss

L’artiste a aussi étudié l’architecture, voulu devenir écrivain.

C’est l’un des derniers  à composer à la main. Il vous dira : « L’informatique vous oblige à penser en fonction d’items préétablis. Dans la musique, il n’y a que la main qui vous donne le geste nécessaire, capable de caresser ou de transgresser. » En ce moment, il travaille sur son septième opéra.

Jusqu’au 6 novembre – 2, Place Saint-Etienne Toulouse

Michel Grialou

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