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La Manon de Massenet, ou les chemins d’un amour fou.

27 Sep Publié par dans Opéra | Commentaires

Natalie Dessay crée, à double titre, l’événement au Capitole avec Manon. En effet, c’est tout d’abord l’artiste qui, de par ses qualités, transcende le rôle et, c’est d’autre part avec ce rôle que la plus célèbre des sopranos françaises actuelles quitte la scène de l’opéra pour se consacrer au théâtre – normal pour cette amoureuse des mots – et qui sait, au cinéma.

Natalie  Dessay © Simon Fowler

Manon, l’opéra de la toute puissance du plaisir et du sens, un opéra qui démarre comme une opérette, qui tourne au vinaigre et qui finit dramatiquement. La première eut lieu à l’Opéra Comique le19 février 1884. Elle eut un retentissement extraordinaire, plaçant Jules Massenet au premier rang des compositeurs français. Du jour de la création au 16 décembre 1885, l’ouvrage fut donné 88 fois. A l’étranger, la carrière de Manon fut foudroyante et glorieuse, en anglais, en russe, en italien. Ce qui laisse toujours un peu pantois quand on songe aux moyens de communication de l’époque. Mais Manon fut en quelque sorte la dernière ambassadrice du chant français avant que l’exaspération émotionnelle du vérisme et des Puccini, Mascagni, Leoncavallo ne déferle sur les scènes du monde entier. Sachons que les plus grands noms de la scène lyrique ont chanté la pauvre petite fille qui aimait trop les bijoux.

Le dernier tome des célèbres Mémoires de l’Abbé Prévost parues en 1731, est le roman,  L’histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut. Pas  sûr que l’ouvrage se retrouve fréquemment sur les tables de chevet actuelles, mais l’ouvrage eut un succès certain à sa parution et tout au long du XIXè. Ce roman va inspirer au moins deux ouvrages lyriques, le  Manon Lescaut (1893) de Puccini, et pour Jules Massenet, Manon, tout court (1884). Ce dernier, opéra en cinq actes, est donné dans une grande coproduction menée par le tandem Laurent Pelly – Agathe Mélinand, dans une transposition au XIXè.

En situant Manon au XIXe siècle, sur quels aspects de l’ouvrage souhaitez-vous tout particulièrement attirer l’attention ?

L. Pelly :…Comme beaucoup de chefs-d’œuvre du théâtre ou de la littérature adaptés à l’opéra dans la deuxième moitié XIXe siècle, il s’agit souvent d’une trahison ou vraiment d’une forte adaptation. Le Manon de Massenet est imprégné de la morale chrétienne de la fin du XIXe, celui de Prévost est plus typique de l’idée de libertinage qui a traversé le XVIIIe siècle français. Le côté moral du XIXe siècle consiste en cette descente aux enfers d’un personnage vivant, d’un petit animal vivant que la société va broyer avec jubilation.

C’est une coproduction avec des scènes aussi prestigieuses que le Metropolitan, Covent Garden et la Scala. Là, se pose justement la première interrogation quand on connaît les dimensions des scènes des théâtres en question, on se dit,  comment vont-ils faire pour les décors au vu des dimensions de la scène “capitolesque“ !! On souhaite bon courage à tous les techniciens.

Nous en sommes à la quatrième reprise de cette coproduction, à laquelle le Théâtre du Capitole a été partie prenante, présentée tout d’abord au Royal Opera House Covent Garden de Londres, puis au Metropolitan Opera de New York ainsi qu’à la Scala. Votre travail a-t-il évolué au fil des reprises ?

L. Pelly : J’essaie à chaque fois d’aller plus loin dans l’idée centrale qui était la mienne dès l’origine du projet, celle du regard que porte la société de la fin du XIXe siècle sur les femmes, mais également la société du début du XXe, disons à peu près celle dans laquelle Massenet a écrit Manon. Souvent, le travail que l’on effectue au fil des reprises d’une coproduction consiste à modifier des petites choses, insuffler de nouvelles orientations, sans bien sûr modifier en profondeur la substance du spectacle. Cette Manon aura probablement bougé davantage que d’autres productions que j’ai faites. Cela vient sans doute de l’extrême richesse de l’ouvrage, laquelle réside avant tout dans son côté romanesque. La production a été présentée deux fois, à Londres et à New York, avec Anna Netrebko dans le rôle-titre, une fois avec Ermonela Jaho, à la Scala. Avec Natalie Dessay, cela va forcément bouger car la manière dont on présente une telle œuvre dépend immanquablement du caractère et de la personnalité de l’interprète principale.

Manon © Royal Opera House / Bill Cooper

Par son art orchestral, délicat, varié, expressif et toujours élégant, Massenet dépeint à merveille ce flot de passion amoureuse de Manon mais surtout du Chevalier dans un spectacle parmi les plus populaires du répertoire français. Donnée pratiquement dans son intégralité musicale, l’œuvre est dirigée par le chef d’orchestre espagnol Jesus Lopez-Cobos qui poursuit une passionnante carrière. On n’oublie pas de signaler le plus important : Natalie Dessay. Elle est indispensable dans ce rôle car sa diction est parfaite, la prononciation du français impeccable, des qualités que possèdent bien peu d’interprètes du rôle, qualités qui passent même avant toute considération concernant les graves, sont-ils suffisants ou non, et des aigus, sont-ils tous donnés sans difficultés ou quelques –uns à l’arraché ? Mais il se trouve que la tessiture du rôle ne lui pose aucun problème.

Charles Castronovo

On éprouve immédiatement une vive sympathie pour la grâce de l’héroïne incarnée donc par notre superlative Natalie. Elle n’a que seize ans et aime sincèrement d’un amour innocent le beau et impétueux Chevalier des Grieux qui l’adore, ici le ténor lyrique Charles Castronovo, dont le  chant raffiné et expressif devrait faire merveille. Avec ce « Ah, viens Manon, je t’aime », elle ne peut que suivre son amoureux fou. Entre Poussette, Javotte et ses autres petites  camarades, elle demeure attendrissante jusque dans ses menues lâchetés et ses grandes faiblesses.

Mais, sans être cupide, le goût de l’argent et du luxe va perdre la “femme-enfant“. Et de duos passionnés en revirements dramatiques, le livret vous conduira comme Manon sur la route de l’exil pour y absoudre ses péchés. Notre pardon sera total pour la légèreté de sa vertu, après l’air : « Je t’aime ! Prends ce baiser. C’est mon adieu à jamais. » Larmes assurées pour ce dernier rendez-vous.

Michel Grialou

Manon - Théâtre du CapitoleThéâtre du Capitole du 29 septembre au 15 octobre

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