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La censure douce

19 Sep Publié par dans Cinéma, Opinions

Voyage sans retour de François Gérard, tourné notamment à Toulouse, évoquant la dérive islamiste et terroriste d’un délinquant de banlieue, n’est pas sorti dans les salles de la ville rose.

Voyage sans retour

Ce n’est pas une censure «officielle», comme dans n’importe quelle dictature ou théocratie. Plutôt une censure «partielle». Voyage sans retour de François Gérard n’est pas sorti ce mercredi dans les salles toulousaines alors qu’il est distribué dans l’hexagone à travers une cinquantaine de copies. Pourtant, il y avait de bonnes raisons de voir le film ici puisque, tourné en partie au Mirail, le long-métrage raconte la dérive vers l’islamisme radical et le terrorisme d’un délinquant toulousain filant s’entraîner dans des camps au Pakistan et en Afghanistan. Ecrit avant l’affaire Merah, le scénario demeure d’une actualité brûlante, y compris dans son ancrage géographique (deux jeunes toulousains, partis en Syrie mener le djihad, faisaient la une des journaux cet été).

Seulement, voici quelques jours, une polémique a opposé l’un des acteurs, Samy Naceri, à François Gérard (réalisateur, scénariste et interprète), le comédien de Taxi accusant Voyage sans retour d’être un film «islamophobe» (tout en affirmant n’avoir pas vu le montage final…) tandis que François Gérard le poursuivait pour «racket» et «tentative d’escroquerie en bande organisée». De son côté, le médiatique avocat Karim Achaoui, qui vient de créer la Ligue de défense judiciaire des musulmans, menait une action en justice afin de faire interdire Voyage sans retour. Sur le fond, François Gérard, d’origine algérienne, qualifiait les accusations d’islamophobie de «ridicules et infondées» tout en évoquant «un film de paix».

Lâcheté

Quatrième ville de France, Toulouse, riche en cinémas (des multiplexes aux cinémas art et essai), n’accueille donc pas un film tourné notamment à Toulouse par un cinéaste toulousain… Il est vrai qu’il vaut mieux réserver pas moins de trois écrans à un navet comme Copains pour toujours 2 qui va faire trois entrées plutôt qu’à une création française dont le sujet ausculte la France d’aujourd’hui. On comprend bien la logique, même inavouée, qui a conduit à une telle situation : pourquoi prendre le risque – même minime – de manifestations devant les cinémas projetant Voyage sans retour ou d’événements plus graves, comme ce fut la cas naguère avec La Dernière tentation du Christ de Scorsese qui excita quelques intégristes catholiques ?

Voyage sans retour

Il y a désormais en France, ou du moins dans certaines parties du pays, des sujets «tabous» et les artistes sont priés de se plier à un processus de censure ou d’autocensure rendu possible par la lâcheté des uns et les revendications culturo-religieuses des autres. Il suffit de se souvenir des «manifestations» ayant accompagné l’an dernier, lors du Printemps de Septembre, l’installation vidéo de Mounir Fatmi projetant des calligraphies du Coran notamment sur le Pont-Neuf. Une passante avait été giflée et suite à une réunion entre des représentants de la communauté musulmane, les services de la mairie et les responsables du Printemps de Septembre, il fut décidé d’annuler les projections de Mounir Fatmi. Le directeur de la manifestation culturelle, Régis Durand, évoquait alors «une censure de fait», à la fois déplorée et justifiée : «Sur le principe, tout ce qui fait obstacle à la liberté d’expression est condamnable mais il faut savoir accepter des compromis.» De compromis en censure, de petit renoncement en gros soulagement, c’est la liberté qui se couche devant le fanatisme.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

 

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