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Cartes maîtresses

29 Août Publié par dans Cinéma | Commentaires

La série House of Cards de David Fincher (SevenFight ClubThe Social Network…) sera diffusée sur Canal + à partir du jeudi 29 août. Chef-d’œuvre.

House of Cards

Après Martin Scorsese (Boardwalk Empire), Michael Mann (Luck), Gus Van Sant (Boss) et avant Jane Campion (Top of the Lake), David Fincher fait partie de ces grands cinéastes qui se sont lancés dans la production et la conception d’une série télévisée. En 2010, son film The Social Network, autour de Mark Zuckerberg et de la naissance de Facebook, marquait déjà l’influence des productions télévisuelles les plus audacieuses sur le cinéaste. Outre son scénario signé Aaron Sorkin (créateur de la mythique A la Maison-Blanche), le film lorgnait par ses dialogues omniprésents et son refus du spectaculaire sur les codes et les audaces imposés depuis une dizaine d’années par Les SopranoSur écoute et d’autres. Fincher déclarait d’ailleurs à l’époque déplorer que le cinéma ait «basculé vers des logiques purement pavloviennes, ne répondant qu’à des suites d’explosions» tandis que la télévision offrait de la complexité et de la durée. Nulle surprise donc à ce que l’on retrouve l’un des cinéastes les plus brillants en activité aux manettes d’une série qui marque à plus d’un titre un tournant.

House of Cards

House of Cards a été commandée et produite par Netflix, un site de streaming qui compte trente millions d’abonnés aux Etats-Unis. Défiant les prestigieuses chaînes payantes comme HBO sur leur terrain, Netflix a investi cent millions de dollars pour la réalisation de deux saisons et les treize épisodes de la première ont été mis en ligne le 1er février 2013, bousculant la sacro-sainte programmation hebdomadaire. Depuis, d’autres séries ont été lancées et diffusées également en intégralité. Contournant la télévision ainsi que les traditionnels modes de production et de «consommation», la firme a pris des risques, mais des risques calculés car avec Fincher aux commandes et des vedettes de cinéma à l’affiche (Kevin Spacey et Robin Wright), le projet comportait suffisamment de garanties pour susciter l’intérêt du public et des médias. Quant au résultat, il est splendide.

 

Jeux de pouvoir

Frank Underwood, membre influent du Congrès démocrate, a joué un rôle décisif dans l’élection du nouveau président qui lui avait promis le poste de secrétaire d’Etat (pour les distraits : l’équivalent du ministère des Affaires étrangères), mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Décidé à se venger et à gagner la Maison-Blanche, il va utiliser un député sous contrôle et une jeune journaliste ambitieuse avec la complicité de son épouse, Claire, qui dirige une ONG à vocation humanitaire.

House of Cards impressionne d’abord par sa beauté formelle, ses subtiles nuances chromatiques, la fluidité de la mise en scène (Fincher a réalisé les deux premiers épisodes, les autres étant confiés à d’excellents cinéastes comme James Foley ou Joel Schumacher), mais la complexité des personnages et l’ambiguïté des situations confèrent à la série une richesse rare. Cette plongée shakespearienne dans les arcanes du pouvoir peint des êtres prêts à tout dont la férocité trahit d’immenses fêlures. Nous sommes loin des boy-scouts d’A la Maison-Blanche et David Fincher détourne toutes les conventions ou, mieux encore, les renouvèle. Ainsi, confier le rôle d’un politicien cynique et machiavélique à Kevin Spacey pouvait paraître relever de la facilité tant l’acteur de Swimming with Sharks et d’Usual Suspects s’est souvent illustré en campant des «salauds» manipulateurs.

House of Cards - Kate Mara

Le comédien est sublime, toujours surprenant. Face à lui, on croit que la belle Robin Wright, épouse dévouée aux justes causes, va apporter une part d’honnêteté, de vérité… Il faudra repasser. Côté interprétation, la révélation de la série est  Kate Mara (la sœur de Rooney Mara dirigée par Fincher dans The Social Network et Millenium) qui, dans le rôle de la journaliste confidente et informatrice d’Underwood, se révèle aussi glaçante que sa géniale cadette. Pour ne rien gâcher, l’humour n’est pas absent, notamment quand Kevin Spacey s’adresse au spectateur. Le procédé est loin d’être nouveau, il prend pourtant ici un relief inattendu et jubilatoire. Comment appelle-t-on cela ? Le talent. Bref, House of Cards est incontournable. C’est à voir sur Canal ou plus pratique, avec l’édition Blu-Ray ou DVD américaine (sous-titres français) disponible depuis plusieurs mois.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

 

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