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Pourquoi les comédies françaises sont si nulles ?

18 Août Publié par dans Cinéma, Opinions

Turf, Les Profs, Amours et turbulences, Vive la France, Des gens qui s’embrassent, 20 ans d’écart : chaque semaine ou presque une bonne grosse daube déboule sur les écrans. Analyse d’un phénomène.

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Si le cinéma hexagonal souffre dans la grande majorité de sa production d’une médiocrité incontestable (faiblesse des scénarios, pauvreté     des dialogues, absence de mise en scène…), le genre comique est l’avant-garde armée de ce naufrage créatif, à l’exception de quelques cas connus : Bruno Podalydès, Emmanuel Mouret, Christian Vincent, Pierre Salvadori ou le vétéran Pascal Thomas.

Il y a bien sûr des causes économiques à cette situation. La tribune explosive, parue dans Le Monde fin 2012, du distributeur et producteur Vincent Maraval, pointait du doigt les cachets délirants des acteurs français les plus importants. Cette inflation, due en grande partie aux chaînes de télévision finançant les films et exigeant des acteurs «bankables» aux génériques, met en péril la viabilité économique de nombre de productions. Et Maraval de citer les succès publics de comédies – 6 millions d’entrées pour Sur la trace du Marsupilami, 4 pour les derniers volets d’Astérix ou de La Vérité si je mens, 3 pour Les Seigneurs, 2 pour Stars 80 – qui furent pourtant des échecs commerciaux.

Logique de rente

Bien avant lui, Serge Regourd déclarait dans nos colonnes voici trois ans : «Le mérite du cinéma américain sur le terrain du box-office est de remettre en cause le statut d’une star après deux ou trois échecs commerciaux. Chez nous, c’est plus une logique de rente que de marché. On mise toujours sur les mêmes noms même si, en fait, on s’aperçoit que la rentabilité est très relative.» A l’occasion de la sortie de son éclairant livre sur Les seconds rôles du cinéma français, il soulignait encore : «La logique des acteurs « bankables » promue par la télévision ne vise pas seulement à avoir une ou deux vedettes, mais une affiche où s’accumulent des noms connus. De fait, ce qui reste de seconds rôles est confié à des vedettes apportant leur plus-value d’image, notamment dans les campagnes de promotion.»

Au-delà de ces facteurs économiques, d’autres éléments d’ordre «culturel» expliquent le faible niveau de nos comédies. Pour n’évoquer que des films sortis depuis janvier, on peut ainsi repérer la tendance visant à copier les comédies US en vogue là-bas depuis plusieurs années. 20 ans d’écart de David Moreau, où une journaliste âgée de 38 ans tombe amoureuse d’un étudiant, ou Les Gamins d’Anthony Marciano, dérive régressive entre un quinqua (Alain Chabat) et son gendre (Max Boublil, mauvais ersatz d’Adam Sandler et David Seinfeld à leurs débuts), lorgnent délibérément sur les productions de Judd Apatow ou de sous-produits dérivés (Toy Boy). Quant à Vive la France de (et avec Michaël Youn), le héros est carrément une copie de celui de Borat interprété par Sacha Baron Cohen. Autre tendance lourde : les adaptations à l’écran de bande-dessinées à succès comme Sur la trace du Marsupilami de et avec Alain Chabat, Boule et Bill d’Alexandre Charlot et Franck Magnier avec Franck Dubosc et Marina Foïs, Les Profs de Pierre-François Martin Laval… Pourquoi écrire des histoires originales quand copier ce qui existe déjà ou adapter des œuvres célèbres fera gagner du temps et rassurera les financiers?

Piètres acteurs

De son côté, Turf de Fabien Onteniente avec Alain Chabat, Edouard Baer et Gérard Depardieu s’inscrit parfaitement dans la filmographie de son metteur en scène, véritable orfèvre du navet en série (Camping I & II, Disco). Cette brève énumération illustre l’une des dérives dénoncées précédemment par Vincent Maraval et Serge Regourd : la concentration des rôles dans les mains d’une poignée de comédiens. Alain Chabat, Edouard Baer, Franck Dubosc, Jamel Debbouze, Benoît Poelvoorde, José Garcia et quelques autres sont devenus «incontournables» aux génériques des comédies. Le talent de certains d’entre eux n’est pas forcément en cause, mais on ne peut être toujours bon en tournant trois films par an et en déclinant sensiblement la même composition.

En revanche, le niveau de beaucoup de comédiens est un vrai problème. L’une de nos exceptions culturelles tient en effet que n’importe qui chez nous se transforme en acteur. On n’évoquera même pas le phénomène des «fils et filles de…» (qui n’a aucun équivalent à l’étranger) pour constater que le moindre «people» vu à la télé et gagnant une certaine visibilité médiatique se métamorphose en comédien : du rappeur Joey Starr à l’ancien joueur de rugby Vincent Moscato (avec tout de même deux Astérix, un Camping et Vive la France à son palmarès) en passant par des zozos révélés sur le web à l’instar de Norman Thavaud, une potiche venue de M6 (Virginie Efira) ou la moindre miss météo de Canal + (Louise Bourgoin, Axelle Laffont, Charlotte Le Bon…).

Canal historique

Car la chaîne n’est pas seulement l’un des grands argentiers du cinéma français, elle est quasiment sa matrice, du moins dans le registre de la comédie. Il serait trop long de dresser la liste de tous ceux qui ont fait leurs débuts sur Canal ou qui y ont accédé à la notoriété, mais il faut citer Alain Chabat, Edouard Baer, José Garcia, Jamel Debbouze, Omar et Fred, Kad et Olivier (via la filiale Comédie !), Benoît Poelvoorde, les Robins des Bois (Marina Foïs, Jean-Paul Rouve ou Pierre-François Martin Laval réalisateur du récent Profs), Alexandre Charlot et Franck Magnier (deux scénaristes des Guignols auxquels on doit notamment Boule et Bill). Nulle surprise alors que cette consanguinité et cet esprit de famille (ou d’entreprise) fassent que l’on retrouve les uns devant les caméras des autres et vice-versa car beaucoup sont à la fois acteurs, réalisateurs, scénaristes et producteurs. Ce petit monde semble avoir tous les talents, dommage qu’on n’en retrouve rarement un éclat à l’écran. Dans ce néant, des comédies populaires de bonne facture, plus écrites, jouées efficacement à l’image de Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon, d’Intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano ou des films de Michel Hazanavicius (les OSS 117, The Artist) prennent l’allure de chefs-d’œuvre et cassent la baraque au box-office. Au royaume des nuls, les bons élèves sont rois.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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