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Nile Rodgers, le comble du chic

21 Juil Publié par dans Littérature, Musique | Commentaires

Le guitariste Nile Rodgers, cofondateur du groupe Chic et producteur à succès de Bowie ou Madonna, se raconte dans une autobiographie traduite en français.

Nile Rodgers © Peter Kramer/Getty Images

Si Nile Rodgers n’est pas forcément très connu du grand public, il y a fort à parier que n’importe quel amateur de pop ou de rock possède dans sa discothèque nombre d’albums sur lesquels le musicien né en 1952 officie en tant qu’instrumentiste, producteur ou compositeur. Il y a bien sûr ceux du groupe Chic créé avec son ami, le bassiste Bernard Edwards, qui signera quelques-uns des plus gros hits des années soixante-dix (Everybody DanceLe FreakGood Times…), les tubes écrits pour Sister Sledge (We Are Family, le magnifique Thinking of You), Diana Ross (Upside Down), mais il produisit aussi Let’s Dance de David Bowie et Like a Virgin de Madonna (albums où Rodgers joue également, avec Edwards et Tony Thompson, batteur de Chic). On l’entend encore du côté de Duran Duran, INXS, Mick Jagger, Bryan Ferry, David Sanborn, Eric Clapton, Michael Jackson, Claude Nougaro (Nougayork), de dizaines d’autres encore dont Sheila (Spacer). Plus récemment, c’est dans le dernier album de Daft Punk où résonne la guitare de Nile Rodgers sur trois morceaux coécrits dont le single Get Lucky.

Mémoire aléatoire

Nile Rodgers - C'est chicC’est Chic ! retrace le parcours qui vit un gamin noir, élevé par sa mère (tombant enceinte à treize ans) et son beau-père, deux junkies, dans les quartiers pauvres de New York, devenir l’un des plus incroyables et talentueux faiseur de tubes de son époque. Evidemment, on ne lit pas ce genre de livres, en général faits au magnétophone, pour leur style, mais pour leur contenu. Or, les autobiographies de vedettes pop souffrent souvent des conséquences de l’abus de substances illicites transformant leur mémoire en morceau de gruyère (il suffit de lire, par exemple, le livre de Keith Richards). D’ailleurs, Nile Rodgers évoque lui-même le problème : «J’ai eu quelques moments de passage à vide. Ils sont plus fréquents qu’on ne le croit, je l’ai compris en rencontrant toutes les grosses stars du rock que j’avais admirées dans ma jeunesse. Je me lançais parfois dans une grande discussion où je leur expliquais à quel point leur travail m’avait influencé et m’avait touché, et là j’apprenais qu’il ou elle ne se souvenait même pas avoir bossé sur ces disques !»

Comme il le raconte avec franchise, Rodgers a consommé massivement durant de longues années drogues et alcool – ce qui nous vaut de nombreuses anecdotes et digressions dans le registre «sex, drugs and rock’n’roll» ne renouvelant guère le genre. En outre, si ses collaborations les plus célèbres (Diana Ross, Bowie et Madonna) sont largement évoquées, de même que la rencontre avec Michael Jackson ou le décès de Bernard Edwards le 18 avril 1996 juste après un concert de Chic à Tokyo, l’amateur aurait préféré un propos plus consistant. Comment Nile Rodgers a-t-il conçu le son à la fois puissant, métallique et cristallin d’albums comme L Is For Lover d’Al Jarreau ou de Notorious de Duran Duran qui, vingt-cinq ans après, n’ont pas pris une ride ? Le travail avec Jagger ? Quant au génial claviériste français Philippe Saisse, qui collabora avec Rodgers sur de nombreux disques et qui intégra même un temps le groupe Chic, il n’est pas cité une seule fois au fil des 280 pages…

Développer un nouveau son

Dommage donc car lorsque C’est Chic ! parle de musique, le livre est passionnant. L’ambition de Rodgers et Edwards en fondant leur groupe est parfaitement exposée : «développer un nouveau son, au croisement du jazz, de la soul et des grooves funk, avec des mélodies et des paroles sous influence plus européenne». Porté par la vague disco, Chic sera rejeté par le public et la critique une fois la mode évanouie. Une injustice tant l’art et la manière de ces musiciens de génie (il faut par exemple écouter les étonnants solos de guitare jazz de l’instrumentalSavoir Faire) transcendaient les genres. Comme le relève sans forfanterie Rodgers en déplorant le mépris dont ils furent parfois victimes : «Il y a plein de superstars du rock qui seraient incapables de jouer les changements d’accord de notre premier album». Il suffit de regarder les performances en concert, encore aujourd’hui, du guitariste pour s’en convaincre. Enfin, on peut espérer que l’énorme succès que connaît Daft Punk avec son Random Access Memories, tellement influencé par la musique de Chic et la participation de son cofondateur, donnera envie à de nouvelles générations d’aller découvrir les multiples créations de Nile Rodgers.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

 

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