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CHUNG, grand prêtre de la musique, transforme ses concerts en rituels religieux et hypnotise sans peine son parterre au nombre impressionnant de fidèles.

02 Juil Publié par dans Musique classique | Commentaires

La Quatrième de Gustav Mahler, le « tableau primitif, peint sur fond d’or », dixit son auteur, ne pouvait que se prêter fort bien  à l’exercice. Première étape de son évolution, la plus ambiguë des symphonies de son compositeur n’est pas le seul chef-d’œuvre de Mahler à confronter la réalité et l’imaginaire, ni à surimprimer les images de l’enfance et de la mort. A l’exception d’un passage de son Adagio, elle évite les explosions extatiques et les scènes d’effondrement que l’on rencontre fréquemment ailleurs. Il semble qu’aucune ne soit davantage imprégnée de tristesse. On l’a dit « naïve » et angélique, baignant dans une atmosphère magique, irréelle et comme hors du temps

Myung-Whun Chung © Jean-François Leclercq  

Pour arriver à un tel résultat, il faut un chef, et un orchestre. Myung-Whun Chung est bien l’homme de la situation, et l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, la phalange qui convient. En digne successeur de Carlo-Maria Giulini, mysticisme et religiosité règnent sans partage dans ses interprétations, chaque œuvre prenant un tour quasi saint sulpicien. Le musicien est parfaitement à l’aise dans la contemplation, l’extase religieuse. Dirigeant sans partition, les yeux souvent fermés, ou mi-clos, avec une économie de gestes, et sans mouvements grandiloquents, l’homme captive. La communion avec son public est bien là, et force est de reconnaître qu’avec Chung sur l’estrade, il se passe quelque chose qui n’est pas simplement due à l’œuvre interprétée. Aura ? Magnétisme ?

Dès les premières mesures de cette Quatrième, à la fausse simplicité, on a vraiment l’impression que la musique semble naître de nulle part et prendre forme devant nos yeux. La poésie est immédiate. Un climat de mystère nous enveloppe jusqu’à devenir un tant soit peu angoissant dans le second mouvement gagné par une amertume morbide, en une ronde inéluctable où chaque instrument apparaît comme une voix humaine. Progressivement, une sensation d’encerclement est perçue. Au bout de ce parcours, on ne peut que rester ébloui, un peu interloqué devant tant de beautés et de raffinements car, sans détailler les différents mouvements – quatre – les pupitres ont été enchanteurs, un hautbois transcendé, l’émergence des clarinettes, cors, flûtes, bassons, le grain des violons, l’ensemble des contrebasses,…Le final est en droite ligne de ce qui précède avec Mojca Erdmann. Bonheur naïf, soubresauts jamais inutilement violents, ton émerveillé de la voix un brin diaphane de la soprano, osmose totale avec l’écrin orchestral offert.

Cette symphonie étant une sorte d’hommage à Mozart, cela peut expliquer le choix de l’extrait de la messe en ut, k.427  Et incarnatus est, interprété en ouverture de concert. Extrait, qui ne laissera pas, lui, un souvenir impérissable.

Michel Grialou

Concert du 27 juin dans le cycle Grands Interprètes.

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