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Only god forgives

30 Mai Publié par dans Cinéma | Commentaires

C’est un secret de polichinelle que la sortie d’Only god forgives faisait partie des évènement attendus (du moins par ma gueule) en ce premier trimestre 2013 au même titre que la sortie du dernier ouvrage de Musso (oh si ! Elle est bonne non ?!) et l’arrivée du printemps (mais ça il paraît que ce sera pour 2014).

Pour son neuvième film (toujours en tant que réalisateur / scénariste), Nicolas Winding Refn revient avec un objet assez désincarné et toujours autant empli de ses obsessions.

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Bill et Julian sont frères et associés, vivent à Bangkok où le trafic de drogue et les combats de boxe thaï leur permettent de tirer de confortables subsides. Pas vraiment bavards, leurs rapports se réduisent à l’essentiel.

Un soir, Bill part déambuler dans la ville à la recherche de compagnie.

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Comme il a un peu de mal à canaliser un trop – plein d’énergie et quelques travers à peine brutaux, il frappe à mort une très jeune prostituée.

Dépêché sur les lieux du meurtre, Chang, le policier chargé de l’enquête, décide d’appliquer une forme de jugement très personnelle. Il enferme le père de la victime et l’assassin dans la même pièce, laissant libre cours au défoulement paternel (se traduisant par le fracassage en règle de la boîte crânienne du nommé Billy).

Apprenant la nouvelle, la mère des 2 rejetons rapplique dare dare des Etats – Unis afin de demander à sa progéniture restante (loin d’être sa préférée), de retrouver le coupable et de lui infliger le châtiment qu’il mérite. Comme Julian semble avoir quelques réticences, elle décide de mener sa propre vendetta.

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Comme je vous l’annonçais un peu plus haut, Nicolas Winding Refn revient avec une signature qui lui est propre (la violence ayant toujours fait partie de son cinéma).

Néanmoins, je tiens à préciser une chose : même si elle est là, elle n’est ni injustifiée, ni gratuite (de toutes les choses décrites précédemment, on ne voit pratiquement rien, si ce n’est un résultat).

La violence perpétrée est d’ordre  » esthétique « , ne s’apparentant en rien à la véracité ou l’horreur d’un documentaire par exemple. Certaines scènes sont intenses bien sûr, mais on flirte avec des codes que ne renieraient pas un Tarantino, codes dotés cependant d’une plus grande froideur et retenue (surement les origines nordiques de son auteur). Donc, si au moment de l’achat de votre place (comme ce fut mon cas), on vous met en garde en vous disant  » c’est très violent, ce n’est pas Drive vous savez !  » ne prenez pas vos jambes à votre cou, vous n’allez pas assister à la projection d’un snuff movie* ou des crimes de Snowtown (qui en matière de film violent – basé sur des faits réels, il est vrai – , est ce que l’on fait de plus insoutenable … Pour ma part, je suis partie au beau milieu …).

Au – delà de cette petite précision, vous vous laisserez emporter par ce voyage dans les bas – fonds d’un Bangkok interlope, à la photo sublime (et je pèse mes mots !!), où les lumières des néons dessinent des ambiances saturées, tour à tour suffocantes ou glacées.

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Dans des lieux irréels, désertés (alors qu’on imagine cette mégalopole surpeuplée et grouillante de vie), où chacun mène sa propre quête de la vengeance, son combat contre sa propre violence, de lents travellings nous amènent jusqu’à des personnages muets, repliés sur eux – mêmes, incapable (ou presque) de communiquer.

C’est peut – être là la force du long – métrage (ou sa faiblesse, tout dépend du point de vue que l’on adopte). Julian et Chang se débattent avec leurs démons intérieurs et sont visités de visions mystiques (on ne peut s’empêcher de penser à One – Eye, le héros de Valhalla rising, qui reste – tout de même – l’un des personnages les plus impénétrables du réalisateur).

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Ryan Gosling (bien, mais s’appuyant un chouilla sur ses acquis), Vithaya Pansringarm (tout en économie dévastatrice) ainsi qu’une pléiade de seconds rôles font prendre corps à cette histoire de vengeance. Mais c’est surtout Kristin Scott – Thomas, méconnaissable en horrible matriarche bling – bling et castratrice (ce n’est rien de le dire), bien éloignée de sa classe naturelle (tiens donc, j’ai cru voir passer Donatella Versace) qui brille dans cet étonnant contre – emploi.

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Avec son nouveau long – métrage, Nicolas Winding Refn explore des thèmes qui lui sont chers en proposant une lecture sinueuse, à plusieurs niveaux, sans pour autant délivrer de réponses évidentes. Cela peut agacer. Mais cela peut aussi donner le sentiment au spectateur qu’il est capable de tirer ses propres conclusions. Comme quoi, dans la vie, tout est vraiment une question de point de vue.

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En vous remerciant.

* : Un snuff movie est un film qui met en scène la torture et le meurtre d’une ou plusieurs personnes. Dans ces films clandestins, la victime est censée ne pas être un acteur mais une personne véritablement assassinée. Bien que ce type de productions ait souvent été apparenté aux légendes urbaines, le fantasme persiste et a inspiré cohorte de performeurs et réalisateurs plus ou moins underground (de Cannibale Holocaust, 8mm à toute la série des Saw et autres Hostel).

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