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A Toulouse, Agathe Mélinand, co-directrice du TNT et dramaturge de Laurent Pelly, fait du compositeur Erik Satie notre contemporain

Toulouse, Théâtre National de Toulouse, Petite salle. Mardi 14 mai 2014

Erik Sati © Polo Garat Odessa

Il aura fallu plus d’un an à Agathe Mélinand pour élaborer le « petit opéra comique sans lyrics », Mémoires d’un amnésique, en sélectionner les textes, choisir les partitions (une quarantaine au total) dont les extraits sont pour l’essentiel joués à quatre mains sur un piano demi-queue, certaines sur un piano toy – quelques pages pour orchestre sont diffusées par haut-parleur. D’une tangible beauté plastique, avec la scénographie en noir et blanc simple mais féerique et évocatrice de Barbara Limburg, stimulée par une direction d’acteur qui donne vie aux multiples aspects de la forte personnalité du compositeur distribuée entre six protagonistes, deux comédiens (Emmanuel Daumas, Eddy Letexier), comédiennes (Jeanne Piponnier, Sabine Zovighian) et pianistes (Raphaël Howson, Charles Lavaud) – ces derniers jouant pour la première fois la comédie mais qui se sont si bien pris au jeu qu’ils en deviennent les deus ex-machina du spectacle -, fait de ces fragments de vie et de musique éclatés une monographie vivante à laquelle le spectateur s’attache, tant elle s’avère touchante. L’enchantement suscité par nombre d’apparitions, comme une grande poire, un magnifique destrier, un carrelage-damier, une maquette de l’immeuble d’Arcueil qui abritait le 13 mètres carrés où vivait Satie dans laquelle se glissent les acteurs, une projection du ballet Parade dans la chorégraphie originale de Léonid Massine, sont autant de moments d’un onirisme pur qui font de cette production originale un merveilleuse occasion pour découvrir et inciter à aimer la musique en famille.

Erik Sati © Polo Garat Odessa

Pourtant, c’était à priori une bien curieuse idée que de concevoir un opéra comique sans chant, fut-ce un « petit ». D’autant plus ladite idée émane de la dramaturge, Agathe Mélinand, de l’un des metteurs en scène les plus courus du théâtre lyrique, Laurent Pelly, avec qui elle partage la direction du Théâtre National de Toulouse. Elle-même née dans une famille de musiciens, ancienne chanteuse de la Maîtrise de Radio France avant de se tourner vers le théâtre, passionnée de musique, Agathe Mélinand s’est attachée depuis son enfance à Satie. « Il est comme ma comtesse de Ségur, avec ses lettres et ses notes nombreuses et personnelles sur ses partitions, se réjouit-elle. Depuis longtemps j’envisageais de lui consacrer un spectacle entier, mais je voulais éviter de partir de ses œuvres scéniques. » A ses yeux, le « maître d’Arcueil » est le compositeur moderne par excellence. Lui qui écrivait à une amie « J’emmerdel’art ; je lui dois trop de rasoireries. C’est un métier de con, que celui d’artiste », est aux yeux de la metteur en scène l’archétype de l’artiste incompris qui se donne sans compter à son art. Pour lui, l’exercice de l’art oblige à vivre dans le renoncement. « J’ai voulu faire du destin de cet homme, raconte-t-elle, un spectacle qui parle à tous de la vie et de la condition de l’artiste, de la création, qui incite à aimer une musique inventive et généreuse s’adressant à tous et à chacun. » Le titre de cette pièce musicale de quatre-vingt minutes, Mémoires d’un amnésique, est comme directement sorti de l’imaginaire de Satie.

Erik Sati © Polo Garat Odessa

Reste à souhaiter que ces Mémoires parcourent bientôt la France, depuis Toulouse.

Bruno Serrou
Photos : © Polo Garat Odessa

 

Une Chronique de Classique d’aujourd’hui

 

 

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