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Don Pasquale de Donizetti, une nouvelle production réjouissante : compte-rendu de la “première“ du vendredi 19 avril

23 Avr Publié par dans Opéra | 1 commentaire

Se replonger dans mon article d’annonce du spectacle

Le dernier succès bouffe de Donizetti a été pendant des décennies défiguré par des exécutions le transformant en une farce plus ou moins vulgaire, menée par des barbons davantage soucieux de faire les clowns que de chanter, des sopranos à la bouche “cul-de-poule“ et au timbre perce-oreille, et des tenorini, ou proches, des ténors légers, fatigués et sans âge, physiquement guère « attractive ». Adieu les mauvaises traditions avec cette production révélant le vrai visage d’un chef-d’œuvre à la fois comique et doux-amer où,  pointant constamment derrière le rire, la mélancolie est toujours présente comme le vieil oncle célibataire ne se séparant jamais du portrait de sa chère mère, ou de ses peluches.

Voici donc un spectacle chanté, magnifiquement, joué avec plein d’à propos, dirigé avec vigueur et allant, et mis en scène avec goût, parsemé de quelques éléments loufoques… mais sans exagération. Stéphane Roche nous a évité le piège du gag à répétitions, le spectacle ne glissant  jamais dans le grand guignolesque si redoutable. Mais j’avoue avoir préféré la gestion d’ensemble des deux premiers actes dans l’intérieur confortable d’une demeure un tantinet poussiéreuse, tout comme dans le décor de celui signé 1960 et quelques. Et j’ai un peu moins adhéré à certains costumes.

Don Pasquale © Patrice Nin

Roberto Scandiuzzi (Don Pasquale)

Gros avantage de la mise en scène : les décors permettent aux chanteurs d’être sur le devant de la scène, bien plus présents, et non pas confinés, comme cela peut se produire en d’autres cas, tout au fond. Ils jouent et chantent pour nous, et non pour les techniciens de plateau. Cela fonctionne sans accroc, et les changements de décor à l’acte I puis l’acte II s’effectuant avec fluidité. Mise en scène dans le droit fil d’une saine tradition, même avec les clins d’œil appuyés  aux années 60 à Rome, et  s’inscrivant fort bien dans le contraste voulu entre le lieu de vie de Don Pasquale et celui de deux générations plus jeunes.

Le numéro de Bécassine un brin demeurée pendant la présentation de “Sofronia“ est du meilleur effet. Mais Jennifer Black se refuse de faire de Norina une garce à 100% : ainsi, après avoir dans le feu de l’action giflé Don Pasquale, elle est aussitôt consternée par son geste. De plus, et comme il est précisé dans le programme, l’artiste est en correspondance totale avec « l’impérieuse nécessité d’une voix longue, souple et charnue dans son timbre et maîtrisant l’ensemble des  registres. » Vocalement, l’écriture belcantiste est maîtrisée sans difficultés ce qui rend le jeu encore plus évident. Mission accomplie donc pour une jeune soprano pétillante et piquante à souhait.

Don Pasquale © Patrice Nin

Dario Solari (Le docteur Malatesta) et Jennifer Black (Norina)

Le duo  Cheti, cheti, immantinente  entre Don Pasquale et Malatesta se révèle comme un sommet de virtuosité, d’abattage et donc de technique pour les deux voix. A se demander à quel moment Roberto Scandiuzzi et Dario Solari respirent. Le premier réussit à chanter son rôle de bout en bout, et à nous faire adhérer totalement à son personnage. Ni ennuyeux ni vulgaire, attentif à la ligne “donizettienne “, il est aussi, drôle et émouvant. Quel métier, et quelle intelligence du rôle, et de la scène, et de la troupe ! Quant au second, le style belcantiste pour baryton est bien là, l’art de la vocalise évidemment, et, d’une très belle autorité scénique, il est un comédien parfait pour ce rôle de manipulateur.

Don Pasquale © Patrice Nin

Roberto Scandiuzzi (Don Pasquale)

Les exigences pour Ernesto sont redoutables. Le jeune ténor argentin Juan Francisco Gatell a un timbre qui dès les premières notes vous émeut tout en vous faisant craindre…le pire ! Mais on est vite rassuré et enthousiaste quand les pires difficultés sont surmontées avec assurance, aplomb même jusqu’au bout de l’ouvrage. Le timbre est clair, l’aigu facile et brillant, c’est le tenorino dont le terrain d’élection est bien l’opéra-comique italien. Les rôles que ce chanteur pourra aborder ne seront pas aussi étendus et nombreux que le créateur du rôle, mais ils sont suffisants pour un très beau début de carrière, son physique lui facilitant en plus la tâche. Quel bel avenir !

Don Pasquale © Patrice Nin

Juan Francisco Gatell (Ernesto)

Au bilan, un très beau quatuor vocal, un orchestre sans faille, le tout mené par la direction rigoureuse et enlevée du chef Paolo Olmi, des interventions du chœur toujours aussi respectueuses de l’ensemble, une mise en scène au service  d’abord de l’œuvre, que demander de plus ?

C’est une fort belle nouvelle production.

Don Pasquale © Patrice Nin

Jennifer Black (Norina) et Juan Francisco Gatell (Ernesto)

Michel Grialou

Jusqu’au 30 avril.

Théâtre du Capitole

photos : Patrice Nin

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Un commentaire

  • anacreonte dit :

    Don Pasquaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaale…..Ben je suis bcp moins enthousiaste que vous…
    Les décors 1ère partie sont très bien et j’ai bien aimé, par contre ça se gatte dans la 2è avec ces monstrueux rhino rouge et pointe jaune et ce rideau de fond de très mauvais goût, et complètement décalés et sans réelle adéquation du coup par rapport au reste des décors qui se situent dans les années 60….ça fait vraiment deco pas cher, d’ailleurs comme perruques et autres accessoires tout juste sorti d’un magasin de farces et attrapes☹ En cela, les acteurs sont pas bcp aidés par la mise en scène assez plate et convenue, manquant de pétillant et d’allant….même si parfois il y a qques trouvailles sympas
    Musicalement, ce n’est guère mieux….la faute au chef, certainement…mais que c’est long et longuet: on s’y ennuie et ce dès l’ouverture qui n’en finit pas….les airs qui doivent être enlevés du coup en deviennent monotones et tombent à plat…Qd aux chanteurs, 2 sauvent cette représentation: Ernesto et le Dr, tous les 2 superbes et vraiment dans la voix du rôle… J’avais peur de Scianduzzi: fin comédien, son médium et sa basse sont encore là mais les aigus ne sont plus là et, grâce à sa connaissance du rôle, arrive à faire des pirouettes pour chanter véritablement les notes…Malgré tout un beau Don Pasquale: je passerais sous silence le notaire ☺ dans tous les sens du terme….pour terminer par Norina….bonne comédienne elle aussi, je pense toutefois qu’il serait souhaitable qu’elle apprenne ce qu’est le bel canto…certes beau médium mais ses aigus sont systématiquement vociférés surtout dans les forte, et à la limite de la justesse (j’en avais vraiment mal aux oreilles)…seule compensation un superbe duo au final avec le ténor
    Donc, voila, pour moi une représentation vraiment très moyenne….J’appréhende maintenant Sciandiuzzi dans Don Carlo☺


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