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Le mariage dure un an

18 Avr Publié par dans Cinéma

Avec Mariage à l’anglaise, Dan Mazer signe une comédie sentimentale subtilement audacieuse.

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Puisque la créativité, la complexité et l’audace ont globalement déserté ces dernières années la production cinématographique au profit des séries télévisées, il n’est guère surprenant de voir les frontières s’effacer entre le grand et le petit écran. Ainsi, d’éminents cinéastes comme Martin Scorsese (Boardwalk Empire), Michael Mann (Luck) ou Gus Van Sant (Boss) ont franchi le pas en produisant et en réalisant le pilote de séries. Plus révélateur encore est le cas de David Fincher qui, avec son film The Social Network, s’était offert les services du scénariste Aaron Sorkin, créateur notamment de la série-culte A la Maison Blanche. Le résultat – un sujet a priori aride (la création de Facebook), des dialogues omniprésents, une absence de spectaculaire – lorgnait plus du côté de Sur écoute ou de Mad Men que des blockbusters de saison. Depuis, Fincher s’est attelé à la production et à la réalisation (pour les deux premiers épisodes) de la série House of Cards avec Kevin Spacey et Robin Wright. A sa manière, plus modeste, Mariage à l’anglaise de Dan Mazer traduit aussi cette porosité entre cinéma et télévision.

En effet, on retrouve au casting de cette comédie Simon Baker (la vedette de Mentalist), Rose Byrne (découverte dans Damages) et Stephen Merchant (co-créateur de The Office et Life’s Too Short en compagnie de Ricky Gervais). Et ces comédiens s’en donnent à cœur joie dans un chassé-croisé sentimental assez jubilatoire.

Un an de réflexion

Nat (Rose Byrne) et Josh (Rafe Spall) s’apprêtent à passer le cap de leur première année de mariage, perspective que peu de leurs proches jugeaient crédible. En effet, après le coup de foudre, l’ambitieuse cadre dans une agence de communication londonienne et le romancier dilettante peinant à écrire son deuxième livre découvrent les affres de la vie quotidienne. De plus, l’ex-petite amie de Josh, Chloé (Anna Faris), est de retour après une longue mission humanitaire en Afrique tandis que Nat tombe sous le charme d’un annonceur américain, riche et beau patron d’une marque de cosmétiques (Simon Baker). D’emblée, Mariage à l’anglaise (dont le titre original I Give It a Year traduit mieux l’esprit) laisse entendre que le couple ne tiendra pas. L’intérêt n’est donc pas dans l’issue de l’intrigue, plutôt dans les étapes mettant en scène la décomposition et la recomposition amoureuses.

Le scénario de Dan Mazer jongle habilement avec les flash-backs et renverse les enjeux dramatiques. Nous n’assistons pas ici à la traditionnelle reconquête de l’amour perdu par un couple apprenant à surmonter ses différences et ses conflits, mais dans le joyeux dynamitage des liens sacrés du mariage. Mazer (qui fut également scénariste d’Ali GBorat et Brüno, tous trois avec Sacha Baron Cohen) insuffle ce qu’il faut de mauvais esprit et de mauvais goût (désopilante scène des photos de lune de miel qui vire au psychodrame devant des beaux-parents coincés) tandis que ni les amis ni la famille n’échappent au regard tendrement corrosif de Mariage à l’anglaise. Stephen Merchant (hilarant) et la trop rare Minnie Driver complètent un quatuor d’acteurs impeccables. Tout cela est mieux qu’une banale comédie.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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