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Soderbergh, sans modération

13 Avr Publié par dans Cinéma

Le réalisateur d’Ocean’s Eleven signe avec Effets secondaires un suspense diabolique sur fond de psychiatrie et de laboratoires pharmaceutiques.

Commençons par la mauvaise nouvelle : Steven Soderbergh arrête le cinéma. D’après ses déclarations, Effets secondaires est son avant-dernier film et Behind The Candelabra (avec Michael Douglas et Matt Damon), qu’il aimerait présenter à Cannes, devrait clore une riche carrière. Arrêter le cinéma : c’est la décision que l’on aimerait voir prise par 90 % des réalisateurs français, mais de la part de Soderbergh, cela chagrine.

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On se consolera avec une copieuse filmographie, inaugurée à l’âge de vingt-six ans en 1989 par Sexe, mensonges et vidéo (Palme d’Or), et dans laquelle de gros succès publics (Erin Brockovich, Ocean’s Eleven et ses deux suites) côtoient films expérimentaux (Full frontal, Girlfriend Experience), ratages (The Good German, Che, The Informant !) et épatants films de genre (L’Anglais, Hors d’atteinte). Avant la retraite, le réalisateur n’a pas chômé. On a ainsi pu voir l’été dernier Piégée et Magic Mike succédant à Contagion sorti fin 2011. S’il a abandonné au fil des ans ses ambitions formelles, Soderbergh n’a jamais perdu le sens de la narration et du pur plaisir cinématographique.

Antidépressif

Effets secondaires illustre parfaitement cette approche à la fois ludique et totalement maîtrisée à l’image d’un scénario fourmillant de chausse-trappes et de rebondissements. Emily, jeune femme dépressive dont le mari vient de purger une peine de quatre ans de prison pour délits d’initiés, se voit prescrire par son nouveau psychiatre, un antidépressif à la mode. Hélas, des «effets secondaires» plutôt inattendus vont plonger la malade et le praticien dans un tourbillon…

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On ne dévoilera pas plus l’intrigue de ce suspense sous peine d’en gâcher quelques effets. Soderbergh et son scénariste, Scott Z. Burns, jonglent habilement avec les fausses pistes et les renversements de perspectives tout en pointant le jeu cynique des laboratoires pharmaceutiques achetant des psychiatres afin qu’ils prescrivent leurs potions chimiques. Mais là n’est pas l’essentiel. Il est notamment dans la qualité de l’interprétation où de vieilles connaissances que l’on a plaisir à revoir (Catherine Zeta-Jones, Jude Law) croisent le fer avec l’une des plus grandes actrices en activité : la jeune Rooney Mara, aperçue dans The Social Network de David Fincher et crevant l’écran de la médiocre adaptation de Millenium du même Fincher. Dans Effets secondaires, elle montre à travers son personnage à multiples facettes qu’elle est capable de tout jouer et surtout de très bien jouer. Cela n’a évidemment pas échappé à Terrence Malick qui l’a dirigée dans son prochain long-métrage. En attendant, on peut admirer son jeu devant la caméra de Soderbergh qui nous offre un suspense élégant, jubilatoire, puissamment antidépressif.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

 

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