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Le retour de David Bowie

20 Mar Publié par dans CD / DVD, Pop / Rock

Après dix ans de silence discographique, l’icône du rock fait un retour-surprise avec The Next Day.

© J. King

L’interruption de sa tournée début 2004 pour des problèmes de santé (angioplastie) avait donné naissance dans les médias à un certain nombre de rumeurs alarmistes. On disait Bowie malade, voire mourant, reclus dans son appartement new-yorkais et fuyant toute apparition publique. Durant cette période, il participa néanmoins à des albums (TV on the Radio, Scarlett Johansson) ; se produisit sur scène avec Arcade Fire, David Gilmour ou Alicia Keys ; tourna dans Le Prestige de Christopher Nolan (2006) et August d’Austin Chick (2008). On le vit même au festival de TriBeCa en 2009. Pas si mal pour un «reclus». Peu importe : le faux l’emportait sur le vrai. Bowie avait disparu, répétait-on.

Caméléon

Finalement, il a joué de cette vraie-fausse disparition afin d’orchestrer son retour discographique transformé en événement. Le 8 janvier dernier, jour de son 66ème anniversaire, était mis en ligne le clip de Where Are You Now ?, premier single d’un album, The Next Day, annoncé pour le 11 mars. Entre-temps, le clip d’un second titre, The Stars (Are Out Tonight), est diffusé. Si musicalement, ces deux morceaux (une ballade assez conventionnelle et un rock poussif) n’apportaient pas grand-chose, les vidéos (notamment la seconde où Bowie apparaît aux côtés de l’actrice Tilda Swinton et de jeunes clones évoquant son passé) montraient que l’artiste n’avait rien perdu de sa maîtrise de l’image. Des personnages qu’il créa (Major Tom, Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Halloween Jack, The Thin White Duke) à la vidéo d’Ashes to Ashes en 1980 (qui marqua la naissance du clip comme instrument de promotion massive), le Britannique comprit très tôt que les représentations médiatiques et le look comptaient tout autant que la musique pour vendre une marque, un nom, un style.

© J. KingD’où la virtuosité de Bowie à se fondre tel un caméléon dans les modes et les genres. Après des débuts folkisants dans les années soixante, il donna ses lettres de noblesse au glam-rock puis investit la soul, la cold-wave, la pop, le funk, le rock FM, le garage, l’électro, le rock industriel, le drum and bass… Il collaborera avec Lou Reed, John Lennon, Iggy Pop (notamment en produisant et en composant l’essentiel de deux grands albums : Lust for Life et The Idiot), Brian Eno, Robert Fripp, The Queen, Giorgio Moroder, Pat Metheny…

Il fera aussi l’acteur au cinéma et au théâtre, composera des bandes originales, revendiquera sa bisexualité, se noiera dans les drogues dures au point, à une époque, d’exprimer une fascination pour le nazisme ou de faire exorciser sa villa de Los Angeles. Dérapages qui ne nuiront pas longtemps au statut de Bowie capable de se réinventer, de recycler ses avatars et ses anciennes vies dans une industrie du spectacle toujours avide de nouvelles images.  Il lui faudra toutefois attendre 1983 pour accéder à un succès planétaire avec l’album Let’s Dance produit par Nile Rodgers, âme du groupe disco-funk Chic. Seulement huit morceaux, mais trois hits énormes dont China Girl (composé en 1977 pour Iggy Pop) et Modern Love imposent un nouveau Bowie, coiffure peroxydée et sourire ultra-brite de vainqueur prêt à mordre dans les années 80.

D’hier à aujourd’hui

Comme souvent, les fans de la première heure et les «puristes» ne lui pardonneront pas ce virage jugé opportuniste et naîtra alors une vision binaire de son œuvre : intégrité «arty» d’un côté, compromission commerciale de l’autre. Interprétation absurde car il y eût de très bonnes ou de grandes chansons dans les disques expérimentaux comme dans les entreprises plus classiques tandis que les gardiens du temple ne jurent que par la trilogie dite berlinoise (Low, «Heroes» et The Lodger) dont on peine pourtant à sauver des titres écoutables à l’exception du génial Heroes.

The Next DayLa dernière tournée de Bowie en 2003/2004 n’eut cure de ces querelles byzantines en proposant une trentaine de titres issus de toutes les époques, y compris le très beau Loving The Alien extrait de Tonight (1984), l’un de ses disques les plus décriés par la critique. Le même syncrétisme se retrouve dans la pochette de The Next Day qui revisite celle du mythique «Heroes» en effaçant juste par un carré blanc et le titre le visage de 1977.

Globalement encensée par la critique, cette dernière livraison – cataloguée «meilleur album depuis Scary Monsters» (1980) – se situe dans la lignée d’Heathen (2002) et Reality (2003), les bonnes surprises en moins. Pauvreté mélodique, guitares paresseuses, chœurs grandiloquents : tout est éprouvant ici. On connaissait le principe du «best of», The Next Day inaugure le concept du «worst of» avec cette compilation du pire de ce que l’on a pu entendre dans le rock depuis trente ans (mention spéciale à l’horrible (You Will) Set The World On Fire). Un disque à oublier.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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