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Les sirènes retrouvées de New Order

22 Fév Publié par dans CD / DVD, Pop / Rock | Commentaires

Un album inédit, dont l’enregistrement date de 2005, de la part d’un groupe qui s’est séparé, mais qui existe toujours : voici les paradoxes de Lost Sirens de New Order.

New-Order

Sans la mort de Ian Curtis, il n’y aurait jamais eu de New Order. Retour aux origines. En 1977, à Manchester, Peter Hook, Bernard Albrecht, Ian Curtis et Stephen Morris fondent Joy Division, éphémère et décisif groupe émergeant sur les décombres encore fumant du punk qui, en l’espace de deux albums, va créer la cold wave. Au début de 1980, le chanteur Ian Curtis se suicide par pendaison. Les trois survivants, rejoints par Gillian Gilbert, forment New Order. Albrecht se fait dès lors appeler Sumner et remplace Curtis au chant. Leur premier album, Movement sorti en 1981, est encore largement imprégné des ambiances dépressives et glaciales de Joy Division. En 1982, New Order s’associe au label Factory, qui les édite, et à Tony Wilson pour ouvrir l’Hacienda – nom emprunté à l’Internationale situationniste – à Manchester. Dans ce club, aussi mythique que le Studio 54 à New York, surgiront sur fond d’acide et d’ecstasy les prémices de la musique électro et de la house.

Dans la foulée, New Order sort un deuxième disque et décroche un tube planétaire avec Blue Monday qui annonce la techno avec dix ans d’avance. Le titre séduit autant les amateurs de new wave que les habitués des dancefloors. C’est à partir de Blue Monday que le groupe va définitivement mêler les genres avec un syncrétisme inédit. Quincy Jones, producteur de Jackson, mais surtout génial sorcier du jazz, les fait signer sur son label soul QWest qui publie leurs albums Low-life en 1985 et Brotherhood, qui comprend l’énorme Bizarre Love Triangle.

Fusion et discrétion

New_Order_KC1_2351_43_500À sa faculté de fusionner des styles (new wave, rock, house, électro, dance, funk, disco, pop synthétique) qu’il a souvent contribué à faire naître, New Order a surtout créé sa propre signature musicale. Aux lignes de basse de Peter Hook, parfois aiguës, mises en avant et qui fixent la mélodie, répondent des guitares claires ou abrasives. Claviers cristallins ou marteaux-pilons synthétiques accompagnent boîtes à rythme compulsives ou batteries sagement binaires. Le tout est porté par le chant juvénile et précis de Bernard Sumner. Les compositions peuvent être, tour à tour, complexes et d’une limpidité absolue, ce qui leur confère un pouvoir de fascination rare. Elles dégagent aussi une mélancolie joliment habillée de lumière, le souvenir d’une fraîcheur adolescente durcie dans les eaux froides de l’absence, une légèreté lestée de gravité, des promesses de recommencement sans illusions. Depuis plus de vingt ans, c’est aussi pour ce climat insolemment gai et terriblement triste que l’on ne cesse de revenir à des chansons qui s’apparentent à des standards résonnant chaque jour d’une force renouvelée. Les plus grands morceaux de New Order allient la grâce des premières fois et l’éternité des chefs-d’œuvre. Malgré son importance et son Influence sur la création musicale de ces trente dernières années, New Order n’a jamais atteint les ventes et la popularité de mastodontes comme U2 ou les Stones. Sans doute car le groupe a toujours été rétif aux médias, à la surexposition et aux contingences de la société du spectacle dont le rock’n’roll circus est l’un des plus solides adjuvants.

Ses membres ne sont jamais apparus sur leurs disques (pochettes soigneusement minimalistes et austères concoctées par Peter Saville), à peine dans certains clips et n’hésitèrent jamais à mettre la carrière de New Order entre parenthèses au détriment de la loi de l’offre et de la demande (huit années séparent l’album Republic de son successeur Get Ready en 2001, quatre années celui-ci de Waiting For The Sirens’ Call).

Résurrection

New Order - Lost SirensDepuis cet album de 2005 et la tournée qui suivit, on pensa que cela en était fini de New Order. Bernard Sumner créa le groupe Bad Lieutenant avec Phil Cunningham (guitariste de New Order depuis Get Ready) tandis que Peter Hook jouait à travers le monde les chansons de Joy Division. Mais New Order est réapparu en concert ces derniers mois à Paris, Lyon ou Bruxelles, sans Peter Hook. Quant au neuvième disque du groupe, annoncé dès 2005, il resta de longues années dans les tiroirs avant de sortir enfin voici quelques jours après d’ardues négociations entre avocats.

Comme son titre le suggère, Lost Sirens est constitué de chansons enregistrées lors des sessions de Waiting For The Sirens’ Call. Cet album perdu et exhumé ressuscite la grâce musicale de cette formation inimitable. Sur les huit titres qui le composent, deux étaient déjà connus : Hellbent publié sur une compilation Joy Division / New Order parue en 2011 et I Told You So présent sur Waiting For The Sirens’ Call mais dans une autre version. Au-delà de ces deux morceaux, Lost Sirens offre un New Order au meilleur de sa forme. Sumner n’a jamais aussi bien chanté, la basse de Hook donne ce tempo aussi séduisant que déchirant. I’ll Stay With You et Californian Grass ont déjà l’allure de classiques. A quand une réconciliation officielle ? De nouveaux concerts ? De nouveaux disques ? On attend…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

 

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