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Le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op.77 de Johannes Brahms sous l’archet de Serge Khachatryan, « violoniste prodigieux » accompagné par l’ONCT dirigé par Tugan Sokhiev

19 Jan Publié par dans Musique classique | Commentaires

Cela fait déjà plus de huit ans, qu’un 10 décembre 2004, la Halle aux Grains découvrait un jeune soliste arménien dans le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op.47 de Jean Sibélius, et l’accueil fut enthousiaste. Sur un Stradivarius, le Huggins 1708, le « violoniste prodigieux » avait subjugué son auditoire.

Sergey Khachatryan

Son début de carrière est à la mesure de son talent. Il nous revient ce samedi 26 janvier avec le concerto de Brahms, un pilier du répertoire qu’on ne présentera pas, préférant nous attarder sur l’artiste qui va l’interpréter devant plus de deux mille personnes. Pour cela, nous laissons la plume à une admiratrice littéralement sous le charme du jeune soliste arménien, né en 1985, réfugié à l’âge de 6 ans avec toute sa famille musicienne à Francfort, et, à 15 ans, Premier Prix du VIIIe Concours international de violon Jean Sibelius à Helsinki, devenant le plus jeune lauréat du concours :

« Je suis hanté. L’Azur, l’Azur, l’Azur ! Ce vers seul de Mallarmé vient à l’esprit, qui donne l’idée du vertige que produit le violon de Sergey Khachatryan. Vertige du son : une perfection de timbre, de couleur, de justesse qui est un miracle en soi. Vertige d’une musicalité proprement inouïe – c’est la terrible sagesse de l’Enfant devant les docteurs du Temple. Il joue yeux mi-clos, la tête penchée au-dessus d’un mystérieux miroir d’eau. La musique sourd de lui comme le sang des grandes blessures d’amour mystique. Elle est pure, elle est fraîche, elle est puissante. Khachatryan n’est pas de ces violonistes diables qui incendient les corps et transforment les salles en lupanars, de ces violonistes polaires qui glacent les corps pour mieux réchauffer l’intelligence. Il joue dans un total abandon de soi et des autres, ne cherche ni à donner, ni à prendre. Quasi immobile jusque sous l’assaut virtuose qui lui barre la joue d’une balafre maxillaire, tandis qu’au plissé du front et des sourcils semble défiler une invisible partition. (…) Le garçon aime la suspension entre ciel et terre, c’est là qu’il se tient, dans les courants funambules de la musique. (…) » 

Si ces quelques lignes ne vous ont pas convaincu de vous rendre à la Halle pour assister en direct aux prouesses du jeune prodige, achetez tout de même les enregistrements déjà réalisés des concertos, sur un CD, les n°1 et n°2 de Chostakovitch, et sur un autre, le Sibélius couplé au Khachaturian, histoire de se consoler.

Tugan Sokhiev

En seconde partie de concert, Anton Dvorak, (n’oubliez pas de prononcer dvorjak), est à l’honneur avec sa Septième Symphonie en ré mineur, op.70.en quatre mouvements, sur près de quarante minutes. Les symphonies dites bucoliques de la période intermédiaire, c’est terminé. Pour cette Septième composée en 1884/85, dans une tonalité sombre et passionnée de ré mineur, on dit par analogie avec Tchaïkovski, qu’elle constitue un peu sa Pathétique. Qualificatif le plus approprié pour signifier le caractère de la partition, caractère à peine adouci par un Scherzo le moins traversé de rythmes de danses bohémiennes auxquels le compositeur a pu nous habituer, un scherzo sombre, rétif et dominé par la tonalité mineure à l’exception de l’épisode central en sol majeur, que les fins musiciens sauront repérer ! Quant au brusque et violent finale, point de folklore, partout règne le pathos de la symphonie romantique, œuvre de confession personnelle. C’est le compositeur lui-même qui dirigera la première exécution à Londres en 1885.

Michel Grialou

samedi 26 janvier – Halle aux Grains
Réservation

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