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La Clarinette de Mozart et toute sa musique !

30 Nov Publié par dans Musique classique | Commentaires
Halle-Aux-Grains. Le 23 novembre 2012. Joseph Martin Krauss (1756-1792) : symphonie en ut mineur, V.B.142 ; Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour clarinette et orchestre en la majeur, KV.622 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 8 en fa majeur, op.93 ; Martin Fröst, clarinette de basset ; Orchestre National du Capitole de Toulouse.  Giovanni Antonini, direction.

photo : David Ellis

L’Orchestre du Capitole est ce soir dirigé par Giovanni Antonini, un chef reconnu mondialement pour ses qualités de fondateur d’Il Giardino Armonico, orchestre baroque qui a su s’ouvrir les faveurs du public comme des critiques. Venu progressivement au répertoire classique et romantique en dirigeant des phalanges prestigieuses, Giovanni Antonini est ce soir un chef préromantique abouti et retrouve Toulouse pour un plaisir partagé.
Il a su diriger admirablement une symphonie très rare de Krauss puis la huitème de Beethoven mais c’est dans le concerto pour clarinette de Mozart que la Musique a atteint une plénitude totale.
LE concerto mozartien par excellence, le somptueux concerto K.622 pour clarinette, datant de la dernière année de vie de Mozart, était le moment le plus attendu du concert. La présence du très admiré Martin Fröst étant une chance que beaucoup appréciaient sur le seul nom de ce soliste très célèbre. La silhouette élancée du musicien suédois, à l’allure pleine d’énergie et de charme, son incarnation de la musique en un monde personnel s’est fait sentir, dès ses mouvements d’appropriation, lors de l’introduction orchestrale. Il faut dire que le chef allait faire bien plus que simplement l’accompagner ;  il a pris cette partition à bras le corps pour nous donner à entendre bien des choses souvent vécues comme secondaires. C’est ainsi qu’attentif aux commentaires et couleurs de certains fragments, il a donné à cette partition sublime toutes les nuances et les couleurs rêvées. En totale osmose avec l’orchestre et le chef, Martin Fröst a été la musique à l’état pur. Il a choisi un instrument plus grave, proche du cor de basset pour lequel Mozart a écrit sa partition. La couleur sombre et chaude de cet instrument, qui n’est pas obligé de transposer dans l’aigu, respecte donc les vœux du compositeur. Tout s’équilibre donc parfaitement entre le soliste et l’orchestre dans un jeu de clair-obscur troublant. La virtuosité est totale, elle a su faire oublier l’instrument. Ici nous avons entendu l’âme de Mozart, frère maçon, ami offrant sa plus belle partition à un musicien utilisant un instrument original et à l’avenir incertain. Le premier mouvement virevolte en des nuances suaves et des phrasés admirablement dépliés. La longueur de souffle du clarinettiste, sa riche palette de couleurs, ses nuances extrêmement vastes, tout a permis de déguster les beautés de cette œuvre. La présence de graves solides, les subtils ornements dans les reprises et la saillie des traits, vivifient l’écoute d’une œuvre que chacun croyait connaître par cœur dans sa version pour clarinette. La poésie de cette interprétation atteint son apothéose dans le célébrissime Adagio. L’orchestre est présent et dialogue avec le soliste à l’envie. Antonini est attentif aux moindres moments. L’instrumentiste est si présent à la musique que les cieux de beauté s’ouvrent lors de la cadence qui dans le même souffle permet à Martin Fröst de reprendre le thème pianissimo sans rupture de ligne à la manière des plus grandes divas mozartiennes. L’émotion magique se dissout dans une note pianissimo prolongée du soliste à la fin de l‘Adagio, faisant continuité avec le silence encore musique, qui suit les œuvres de Mozart. Le final est vif et charpenté permettant à la joie de prendre provisoirement le devant de la scène. Dansant autant que possible en jouant, Martin Fröst subjugue par une maîtrise totale de la partition dans ses moindres recoins. Le succès est tel, que deux bis sont offerts. Le premier avec le quintet à cordes de l’orchestre offre une visitation de l’Ave Maria que Gounod a écrit sur un prélude de Bach. Assurant la basse continue à la clarinette, Fröst semble ne jamais respirer. Une composition toute personnelle en solo sera ensuite son cadeau d’adieu mêlant chant, souffle et fragments connus ou inventés dans un véritable feu d’artifice. Notons que pour les bis Martin Fröst est revenu à sa « petite » clarinette.
Hubert Stoecklin
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