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Written on skin de George Benjamin, né en 1960, encore une nouvelle production, ensorceleuse, du Théâtre du Capitole

23 Nov Publié par dans Opéra | Commentaires

Le spectacle est présenté aussi dans le cadre du cycle Présences vocales par le collectif éOle, Odyssud, et le Théâtre Garonne                                                                                              

Written on skin : attention, chef d’œuvre ! Il vient frapper à votre porte. Ne le ratez pas !

Une presse spécialisée dithyrambique à la création mondiale d’un “vrai“ opéra contemporain, en anglais, voilà un événement tellement peu banal !

Franck Ollu

Choc de l’été, lit-on encore pour ce « Ecrit sur la peau » du britannique George Benjamin, né en 1960, donné au Festival d’Aix en Provence en juillet. Un des chefs-d’œuvre du XXIè siècle qui s’impose d’emblée et qui arrive sur la scène du Théâtre du Capitole juste après sa consécration ? Serions-nous donc “verni“ à ce point ? La vibrante standing ovation qui accueille le compositeur et chef d’orchestre, et toute l’équipe, au moment des saluts, ne peut que nous rendre impatient de découvrir tous les ingrédients d’une telle réussite en un seul acte de cent minutes.

George Benjamin s’affirme bien au fur et à mesure de ses compositions comme le plus génialement doué de sa génération, tous pays confondus. Cet ancien élève d’Olivier Messiaen fut révélé à tout juste 20 ans par une œuvre jouée aux célèbres Prom’s de Londres, Ringed by the Flat Horizon. C’est par une composition tout aussi flamboyante, les Three Inventions pour orchestre de chambre (1995) complétant un programme haut en couleurs qu’il prouvera une fois de plus que la musique contemporaine peut être jubilatoire et sérieuse à la fois, et non pas forcément inaccessible.

Christopher Purves

Pour revenir à Written on skin, mêmes ingrédients qu’à Aix, à savoir, mise en scène, Katie Mitchell, décors et costumes, Vicki Mortimer, lumières, Jon Clark ainsi que les trois principaux protagonistes à la stupéfiante conviction – Sachez que le compositeur a spécifiquement écrit pour eux. Christopher Purves, Le Protecteur, baryton – Barbara Hannigan, Agnès, soprano du XXIè  qui se délecte des rôles récents : « Il est faux de dire que la musique contemporaine abîme les  voix. Il faut concentrer son chant, comme un feu qui, en son cœur, ne serait pas rouge mais blanc. Et à partir decette concentration, le laisser rayonner jusqu’à l’explosion. » Bejun Mehta fera cependant défaut mais il est remplacé dans le rôle de L’Ange1 / Le Garçon par Tim Mead, voix “montante“ de contre-ténor, déjà l’un des plus brillants ambassadeurs de la jeune école britannique des contre-ténors . Ce sera Frank Ollu à la tête de l’Orchestre du Capitole et non plus le compositeur lui-même. Ce jeune chef a déjà dirigé, justement, la création mondiale du premier opéra. Les meilleures conditions sont donc réunies.

Tim Mead

Martin Crimp fut le premier librettiste de son premier opéra, Into the Little Hill (2006). «L’entreprise est ici de plus grande envergure, la trame s’inscrivant dans une démarche narrative infiniment plus complexe, jouant sur l’intemporalité des faits et l’universalité des sentiments. » Le dramaturge s’est inspiré d’une cruelle légende médiévale occitane du poète Guillaume  de Cabestany, Le cœur mangé, tragédie à la Pasolini dans Théorème mais d’une rare violence, exacerbée par une « musique hallucinante de beauté, de prodiges d’écriture» à l’orchestration foisonnante servant de point d’appui à un texte concis, suggestif, et d’une redoutable efficacité, tout en se révélant d’une intrigante et mystérieuse beauté.

Outre les groupes habituels de l’orchestre symphonique, la partition réclame un grand nombre de percussions et quelques instruments rares comme la viole de gambe, l’harmonica de verre.

Les personnages sont à la fois acteurs et témoins de leurs actes, « narrateurs et personnages narrés », pour reprendre la formule du metteur en scène, la  britannique Katie Mitchell.

Barbara Hannigan

Une histoire violente et cruelle d’amour et de mort, en trois parties et quinze séquences, non pas le récit purement narratif de ce drame du XIIè mais plutôt le prétexte saisi pour la représentation d’un conte domestique de la manipulation et de la barbarie avec de nombreuses incursions dans le monde contemporain. « Un riche propriétaire terrien invite chez lui un artiste chargé de réaliser un livre d’enluminures. Cet ouvrage doit immortaliser en images l’impitoyable exercice de son pouvoir politique et la paisible jouissance que lui procure l’ordre incarné dans l’humilité et l’obéissance enfantine de sa femme Agnès. Mais la réalisation de ce livre devient un catalyseur propice à la rébellion de l’épouse. Après une première tentative de séduction couronnée de succès, elle exploite sa nouvelle intimité avec l’enlumineur afin d’influencer le contenu même du livre, forçant son époux à la voir telle qu’elle est réellement – et ouvrant ainsi la voie à un ultime et extraordinaire acte de provocation. »

« Debussy est le plus sensible compositeur de toute l’histoire de la musique. »   George Benjamin

Il est à remarquer que tous les protagonistes de ce spectacle font leur début au Théâtre du Capitole.

Michel Grialou

Théâtre du Capitole : du 23 au 30 novembre – Réservation

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