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Leur « Avare »

15 Nov Publié par dans Théâtre | Commentaires

La pièce de Molière est reprise à l’Espace Paul Éluard de Cugnaux par la compagnie La Part Manquante, dans une mise en scène improbable signée Alain Daffos.

"Notre Avare" © Alain Pitton

« Notre Avare » © Alain Pitton


Avec cette adaptation de « l’Avare », de Molière, la compagnie La Part Manquante s’attaquait en 2010 pour la première fois à un classique. On retrouve pourtant dans cette nouvelle proposition improbable un sens aigu de la confusion des genres, tendance qui se manifeste dès la première création de la compagnie. En 1997, avec « Madame l’abbé de Choisy », Alain Daffos adaptait en effet pour la scène les « Mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme », monologue interprété par Jean Stéphane à la Cave Poésie. Alain Daffos et Jean Stéphane affirmaient dix ans plus tard un goût prononcé pour le travestissement dans « les Deux travelos », de Copi, nouvelle portée à la scène parmi d’autres du même auteur, sous le titre « Une langouste pour deux ».

Pour « Notre Avare », ils collaborent à nouveau avec Aïda Sanchez, Christelle Boizanté et Frédéric Marchand, un trio musical qui fait par ailleurs sensation dans les salles de concert sous l’appellation Orlando. Acteurs et surtout musiciens, ils ont fignolé une poignée de curieuses mélodies qui surgissent du texte de Molière comme autant d’injections musicales apaisantes. L’hystérie de la pièce est sans cesse battue en brèche par ce parti pris poétique, faisant de ce spectacle une véritable montagne russe d’émotions. La bête de scène qu’est Aïda Sanchez – elle endosse deux rôles – balaye le plateau telle une tornade de rires. Elle côtoie l’étrange apparition de Frédéric Marchand en Marianne, dont la longue silhouette élancée capte irrésistiblement l’attention.

Au centre de ce ballet finement chorégraphié, Jean Stéphane est un Harpagon avare d’effets trop faciles. Il est le héros pathétique d’un bal où tout le monde avance masqué. Dans un dispositif quadri-frontal, les spectateurs installés autour de la scène assistent au combat peu moral d’un homme contre les siens. Six comédiens, donc, s’attèlent à cette relecture aussi riche d’idées que son économie est modeste, entre comédie musicale contenue et théâtre classique version queer.

Jérôme Gac

Vendredi 30 novembre, 21h00, à l’Espace Paul Éluard, 6, rue du Pré-Vicinal, Cugnaux. Tél. 05 61 76 88 99.

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