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Traviata et nous : Natalie et les autres

01 Nov Publié par dans Cinéma, Opéra | Commentaires

Les dimanches froids attirent les mélomanes dans la (trop) petite salle en sous-sol de l’Utopia, y compris ce musicien de l’ONCT sortant juste de la fosse des Noces, tenue de concert et instrument en bandoulière.

Les répétitions d’opéra sont des assemblages de « trucs », « il faudrait faire un truc », « tu vois le truc », « un truc qui serait, tu vois, comme ça… ». Le metteur en scène est homme de « trucs », de phrases amphigouriques suspendues.

Les répétitions d’opéra sont des chorégraphies, ballet hésitant des toiles peintes tombant des cintres, ballet emprunté des bohémiennes en devenir, ballet des balais qui ramassent confettis dorés et fausses fleurs.

Regard passionné de la jeune italienne chef de chant dont la passion ne ménage ni les pages de la partition, ni le jeune ténor E Piquillo, un bel gagliardo. Regards incrédules des choristes estoniennes devant le so not bad sabir censé donner intentions et gestes précis. Regards inquiets ou gourmands du metteur en scène. Le chœur d’hommes, vestons noirs sur bermudas de touristes estivaux, n’est qu’alignement de bouches synchronisées. « Bon appétit ! », lance le chef d’orchestre en guise de cadence finale.

Les répétitions d’opéra sont des natures mortes, pinceaux alignés, lustres de cristal, montres abandonnées chacune dans son propre temps, camélia-coquelicot dans un pauvre verre d’eau. Bidules et bouts de ficelles en régie lumière.

Marquant ou chantant à pleine voix, sur le fil comme quelques mois plus tard au MET, Violetta – Natalie Dessay est omniprésente, clown en jogging ou diva déchue. Longueurs. On aurait aimé s’attacher plus au jeune Alfredo – Charles Castronovo, à sa veste blanche, à sa présence détachée ; on aurait aimé passer plus de temps avec Ludovic Tézier, en Germont froid, en photographe à casquette. On aurait aimé leur confrontation de l’acte II.

Les répétitions d’opéra aboutiront, parfois, à des échecs, parce que ce « putain de e strano » est étrange et compliqué, parce que la voix se refuse, parce que la vie est faite de chutes, qu’il faut inlassablement répéter, pour mieux savoir tomber.

Voir la bande-annonce du film.

Une chronique à retrouver sur Una Furtiva Lagrima.

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