Close

Stravinski et la France

20 Oct Publié par dans Danse, Musique classique | Commentaires

À Toulouse, Tugan Sokhiev dirige l’Orchestre national du Capitole dans trois œuvres de la période française d’Igor Stravinski, au Théâtre du Capitole et à la Halle aux Grains, à l’occasion du programme chorégraphique «Stravinski et la danse» qui ouvre la saison du Ballet du Capitole.

 

« Pulcinella » © Hans Gerritsen


Alors que Kader Belarbi prend ses fonctions de directeur de la danse au Théâtre du Capitole, il réunit le Ballet, le Chœur et l’Orchestre du Capitole dirigé par son directeur musical Tugan Sokhiev pour servir l’œuvre d’Igor Stravinski. Avant la Seconde Guerre mondiale, le compositeur russe, né 1882, a déjà connu la gloire avec « l’Oiseau de feu », « Petrouchka » et « le Sacre du Printemps » écrits pour les Ballets Russes de Diaghilev. Installé à Paris dans l’entre-deux-guerres, son inspiration s’oriente vers les maîtres du XVIIIe siècle, ce dont témoigne « Pulcinella ». Avant son départ pour les Etats-Unis dès 1939, cette période française s’achève sur plusieurs œuvres concertantes et la Symphonie de Psaumes.

Ouvrant la saison du Ballet du Capitole, le programme chorégraphique «Stravinski et la danse» marque l’entrée au répertoire de la compagnie toulousaine de relectures contemporaines de « Pulcinella » (photo) et « les Noces », composées pour les Ballets Russes de Paris. Ballet en un acte créé en 1920, « Pulcinella » est une mise en scène du fameux personnage napolitain de la commedia dell’arte. La partition a été écrite dans le style néoclassique à la suite d’une commande de Diaghilev qui souhaitait une musique dans le style de Pergolèse. Pour Tugan Sokhiev, qui dirigera l’Orchestre national du Capitole dans la fosse de l’opéra toulousain et lors d’un concert à la Halle aux Grains, «la modernité de « Pulcinella » réside justement dans son néoclassicisme, c’est-à-dire dans un regard porté sur quelque chose de très ancien, perçu avec des yeux modernes, soumis à une réflexion moderne. Stravinski me semble si magnifique dans la manière dont il adopte l’attitude néoclassique. Il transforme la phrase de Pergolèse avec un grand talent et des oreilles hors du commun pour le rythme et le phrasé.» On découvrira au Théâtre du Capitole la version du chorégraphe néerlandais Nils Christe, créée en 1987 pour le Scapino Ballet de Rotterdam.

Pour le sujet des « Noces », ballet de Bronislava Nijinska créé en 1923 à la Gaieté Lyrique, Stravinski a puisé dans un recueil de textes populaires. La partition renvoie à la complexité rythmique et à la thématique ancestrale du « Sacre du printemps ». Pour les Grands Ballets canadiens de Montréal, le chorégraphe belge Stijn Celis a signé en 2002 une œuvre où six couples s’affrontent dans une mise en question de l’institution du mariage. Le rite paysan du mariage arrangé est ici taillé en pièces dans une suite de mouvements effrénés. Dans un entretien réalisé par le Théâtre du Capitole, Tugan Sokhiev poursuit : «Tout en prolongeant l’expérience du « Sacre », en puisant aux vraies racines du rituel païen – ici une cérémonie de mariage -,Stravinski prend avec « les Noces » un chemin différent. Il fait appel à des solistes vocaux, à des chœurs, lesquels donnent beaucoup de couleur et de puissance. De plus, nous avons opté pour une version avec quatre pianos et des pupitres d’instruments de percussion très fournis. Une formation instrumentale « bizarre», une ligne vocale de soprano et de ténor persistant dans l’aigu, des parties de mezzo souvent très déclamatoires : l’atmosphère des « Noces » se rapproche souvent de celle du « Sacre », mais tous ces moyens nouveaux en font une œuvre géniale, parmi les plus réussies de Stravinski.»

Pour compléter ce programme, Kader Belarbi a choisi de montrer une pièce de Jiří Kylián créée en 1978 sur la Symphonie de Psaumes. Une œuvre pour chœur mixte et orchestre composée en 1930 «à la gloire de Dieu». De nombreux chorégraphes s’en sont emparés, mais tardivement, tels Françoise Adret, Fernand Nault ou Mauricio Wainrot. Tugan Sokhiev raconte : «Eduqué dans la Russie orthodoxe, Stravinski est revenu à la musique sacrée en composant sur des textes latins issus du rite catholique. La connexion de sa personnalité avec la religion est une dimension très importante de son œuvre, il a manifesté sa foi à travers sa musique. Dans un véritable esprit de recherche, il associe pour sa Symphonie de psaumes violoncelles et contrebasses – il n’y a pas de violons –, les bois par cinq, un chœur portant un texte liturgique en latin. Comme souvent, il fait du neuf avec de l’ancien, apporte une perspective moderne et crée ce sentiment incontestable de XXe siècle. Un tel mélange fait de lui une figure artistique très particulière, copiée par de nombreux autres compositeurs, mais rarement avec le même génie», termine le chef russe.

Jérôme Gac

« Pulcinella », Symphonie de Psaumes et « Les Noces » de Stravinski, par l’Orchestre national du Capitole, le Choeur du Capitole, Anastasia Kalagina (soprano), Olga Savova (mezzo-soprano), Vasily Efimov (ténor), Genady Bezzubenkov (basse), Romain Descharmes, Varduhi Yeritsyan, Guillaume Vincent et Florence Cioccolani (pianos), sous la direction de Tugan Sokhiev, samedi 20 octobre, 20h00, à la Halle aux Grains, place Dupuy, Toulouse. Tél. 05 61 63 13 13.
Concert diffusé sur France Musique, jeudi 6 décmbre, 20h00.

«Stravinski et la danse», par le Ballet du Capitole, le chœur du Capitole et l’Orchestre national du Capitole, du mercredi 24 au dimanche 28 octobre;
Démonstration :«Carnet de danse», samedi 20 octobre, 18h00 (entrée libre);
Exposition :«Les Ballets Russes et la modernité», jusqu’au 2 janvier (entrée libre les samedis 13 et 20 octobre, de 11h00 à 18h00);
Conférence : «Les Ballets Russes et la modernité», par Martine Kahane, lundi 22 octobre, 18h00 (entrée libre);
Lecture : « Le Journal de Nijinski », par Reynald Rivart (comédien), samedi 27 octobre, 17h00 (entrée libre).
Au Théâtre du Capitole, place du Capitole, Toulouse. Tél. 05 61 63 13 13.

Documentaire : « Ballets Russes » de Daniel Geller et Dayna Goldfine, vendredi 19 octobre, 19h00, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 11.

Partager : Facebook Twitter Email

 


Jérôme Gac Plus d'articles de