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Otis Taylor : le feu au Théâtre municipal de Muret !

17 Oct Publié par dans Musique | Commentaires

Ca y est ! Le Festival Jazz sur son 31* est « on the road again » : après deux entrées en matière en douceur avec Stacey Kent à Odyssud et André Cécarelli à Lespinasse (à l’Espace Canal des 2 Mers au joli nom), c’est l’ogre Otis Taylor qui a ébranlé les murs du Théâtre municipal de Muret. Cette ancienne salle des Fêtes bien sympathique n’en est pas revenu : d’abord, elle était pleine à craquer, mais surtout elle était plus habituée aux ambiances musique du monde, comme par exemple avec le trop rare Renaud Garcia-Fons.

Il faut dire que les musiciens de ce soir sont un peu à l’étroit ici (le Bascala à Bruguières leur aurait mieux convenu), habitués qu’ils sont à jouer « à fond les manettes », comme dit ma voisine, et le sonorisateur, pourtant un des meilleurs de la région, a bien du mal à canaliser leurs décibels en un mixage harmonieux. Du coup, nos corps et surtout nos oreilles sont chauffés au rouge ; pas mal pour du Blues ! Mais le public est ravi et exulte tant les musiciens s’en donnent à cœur joie. Il faut dire que ce sont « des pointures » : si le bassiste assure une assise de bucheron, le batteur rigolard, Larry Thompson, est très fin en même temps que parfait rythmiquement.

© Jean-François Picaut

 

La jeune violoniste, Anna Harris**, gracieuse comme un échassier, apporte des notes de finesse ; quand le boss l’a laisse s’exprimer (elle a droit cependant à des solos cajuns fort bienvenus).

Mention spéciale au guitariste soliste, Shawn Stachurski, à l’élégance toute britannique, qui me fait penser à celui des Pretenders, Gilles Honeyman-Scott (malheureusement disparu à 26 ans d’une overdose !) ou même par moment au grand Jeff Beck.

 

 

 

Otis Taylor***, chanteur, guitariste et joueur de banjo, né à Chicago, (la ville qui a ouvert les bras aux premiers bluesmen, comme Muddy Waters, les faisant découvrir aux jeunes blancs qui firent leur succès) s’est fait connaître dans la musique dans les années soixante et soixante-dix, et puis il a abandonné pendant un certain temps pour devenir un antiquaire (je l’imagine bien dans un magasin rempli d’objets d’art rarissimes faisant l’article d’un air patelin à de richissimes divorcées sous le charme). Il a fait son grand retour avec une dizaine d’albums au cours des dix dernières années ; ses chansons abordent un large éventail de sujets, y compris la ségrégation, l’esclavage, et la romance d’amour, le titre de ses disques se passant de commentaires : When Negroes Walked The Earth ; White African ; Respect The Dead…). On sent sa profonde culture musicale (blues rural, jazz et rhythm and blues) mais aussi politique (les protest-singers Mississippi John Hurt ou Pete Seeger). Il était tout à fait légitime qu’il soit invité à la Cité de la Musique de Paris… et dans Jazz sur son 31 !

Avec son indécrottable couvre-chef (aujourd’hui une casquette) et sa barbe fournie, il passe « d’une guitare banjo », comme il dit, à deux Fenders de belles couleurs qu’il réaccorde régulièrement, avec un art consommé de la musique blues:  il lance une machine bien rodée, en ayant soin de se faire désirer; il sait « faire monter la mayonnaise », entre riff incisifs et humour coquin, il « taille des costumes bleus sur mesure » à ses petites histoires vécues.

Seul regret, au niveau du chant, il fait le minimum syndical par rapport à ses disques de grande qualité : sans doute est-il fatigué par une longue tournée et on lui pardonne bien volontiers, même si on est un peu frustré de ne pas retrouver totalement ses accents à la John Lee Hooker.

Il alterne ses compositions qui savent tirer le meilleur de ses acolytes et glissent vers des improvisations parfois psychédéliques avec des « classiques ». Hey Joe, l’hommage à Jimi Hendrix est un grand moment d’émotion (pour moi en tout cas qui ai eu la chance de voir celui-ci trois fois sur scène et même de le rencontrer avec mon regretté ami Alain Dister, photographe de cette âge d’or des sixties et des seventies).

Au final, le public est debout comme un seul homme ou une seule femme, et en redemande : après un rappel très électrique,  Rain so hard, bon prince, Mister Taylor revient seul pour un (court) a capella, tout à fait dans l’esprit du Blues, cette musique qui synthétise toutes les couleurs de l’Amérique que nous aimons.

Depuis vingt-six ans, le Festival Jazz sur son 31 est « la danseuse » du Président du Conseil général de la Haute-Garonne, chantre de la polyculture. Avec des prix à la portée de toutes les bourses et des concerts gratuits, il met en valeur les communes du Département, et bien sûr des musiciens de niveau international sans oublier les valeurs régionales. Son budget artistique de 700.000€ pour 35% de recettes ne prête pas le flanc à la critique tant la programmation de Philippe Léogé est à la hauteur et tant les salles sont pleines. Léogé qui a depuis longtemps compris que  les premiers grands jazzmen étaient de grands bluesmen.

Désormais, quand je prendrai la route, j’aurai toujours à portée de main un disque d’Otis Taylor.

l n’y a pas que les pauvres qui ont le blues, tu peux être l’homme le plus riche du monde et avoir le blues. Mais cette musique peut aussi te rendre heureux, comme seule une femme peut le faire. C’est tellement beau et profond qu’il m’est souvent arrivé de pleurer en chantant (John Lee Hooker)

E.Fabre-Maigné

16-X-2012

 

www.jazz31.com

*** Anne Harris : www.anneharris.com

*** Otis Taylor’s Contraband www.telarc.com

 

 

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