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Le théâtre est de retour à Toulouse

28 Sep Publié par dans Théâtre | Commentaires

NANA
EX ABRUPTO / CELINE COHEN / REGIS GOUDOT A LA CAVE POESIE RENE GOUZENNE

Le théâtre est de retour à Toulouse. Il est depuis hier soir à la Cave Poésie René-Gouzenne. Il revient et on avait presque oublié que cela existait. Je veux parler du vrai théâtre, de celui qui raconte et murmure, crie et pleure, rit et incarne ; de celui qui danse et qui chante ; qui dénude et qui désosse ; de celui qui connaît le poids et le sens du silence, celui du rythme et des ruptures ; ce théâtre qui prend la chair des comédiens jusqu’aux tripes pour que le texte exulte.

Céline Cohen et Régis Goudot se sont emparés de l’histoire de Nana, demi-mondaine du XIXème, pour dessiner devant nous, bien loin du théâtre naturaliste, mais fidèle au naturalisme du roman de Zola, l’histoire d’une humanité : celle d’une courtisane qui monte des bas-fonds pour redescendre aux cimes de son enfance. Et c’est simple comme l’implacable échec de tous les pouvoirs ; tragique comme la pureté sombrant dans la vérole ; beau comme l’inéluctable descente de ceux qui vont jusqu’au bout de leur soif.

Tout est là devant nous, au-delà pour une fois du seul savoir- faire des comédiens, impeccables de rigueur et de précision, d’excès et de retenue, d’insolence et de pudeur, de distance et de proximité. La ligne dramaturgique est claire, intelligente, impitoyable. Les personnages de la fresque de Zola défilent devant nous, esquisses du grand cirque des Rougon, figures d’hommes pathétiques, humiliés, blessés, face à la vénalité monstrueuse d’une ambitieuse qui cherche une revanche de classe avec son corps pour seule arme. Il n’est gardé du roman que ce qui en fait sa raison d’être : une histoire simple et fiévreuse née d’une langue majeure, celle d’un auteur engagé et incontournable de notre littérature.

Oui, le théâtre d’ExAbrupto est de retour à Toulouse et il n’aurait jamais dû le quitter. C’est le théâtre d’une ombre qui éclaire toujours nos lumières.

Merci pour les flammes de son feu. Qu’elles nous caressent encore longtemps de leurs brûlures.

Bruno Ruiz,
Toulouse, le 26 septembre 2012

Régis Goudot

 

 

 

 

 

 

 

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