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Sòmi de Granadas : entre musique du monde et jazz ethnique, une fusion réussie

Guillaume (ou Guilhem) Lopez a fait ses premières armes à la Mounède, du temps où cette salle de spectacles, la Maison des Racines du Monde, était un des lieux les plus vivants de Toulouse (avant que les pouvoirs publics ne la laissent mourir ; sauront-ils la ressusciter de ses cendres ? ce serait de salubrité publique, car un phénix y dort.). Quand s’y produisaient des musiciens de qualité de tous les horizons du monde, invités par Christian Grenet, il était toujours prêt à prendre sa flûte ou à chanter avec eux. Un beau soir de 2004, il a fait le bœuf avec le grand Djamel Allam et un certain Thierry Roques ; mais n’allons pas trop vite.

Aujourd’hui, Guillaume vole de ses propres ailes, que ce soit avec Cyril Brotto* (« ces deux-là feraient danser un cimetière » a justement écrit un internaute), ou avec Sòmi de Granadas, en concert à la Cave Poésie jusqu’au 21 juillet à 19h 30 ; et c’est un des petits bonheurs de l’été à Toulouse.

 

Sòmi, c’est le rêve, le rêve d’un voyage parmi les cultures, parmi les langues, les sons, les rythmes, parmi des mondes ; le rêve d’un voyage entre deux villes, deux Granadas au nord et au sud des Pyrénées : Granada de Garona et Granada l’Andaluza. Sòmi de Granadas, c’est aussi le fruit d’une rencontre entre les artistes Thierry Roques et Guillaume Lopez, sur un répertoire majoritairement inédit, entre pays d’Oc, Espagne et Maghreb.

Thierry Roques et son accordéon sont deux inséparables, deux vieux compagnons de route, entre jazz et java comme dirait un certain Claude de Toulouse, entre Causse du Quercy et désert de l’Atlas, entre groove et virtuosité, entre doux et enragé.

Thierry a découvert très tôt l’accordéon et la musique par son père l’aveyronnais André Roques qui va fêter à l’automne ses 85 ans à l’Olympia. Il a baroudé auprès des grands de la chanson française (Serge Reggiani, Guy Béart, Enrico Macias…) avant de découvrir les musiques du monde aux cotés de Djamel Allam par exemple.

Quant au percussionniste, Pierre Dayraud, compagnon de route d’André Minvielle, Jean Michel Pilc 7tet, Elizabeth Kontomanou, Stephane Belmondo, il a cotoyé Enrico Rava, Marc Ducret, Guy Lafitte, Richard Bona, Sylvain Luc, Paolo Fresu, Claude Nougaro…

Le répertoire et le son de Sòmi sont une invitation, une incitation à un voyage initiatique entre l’Espagne, le Maghreb et les Pays d’Oc. Des créations originales se frottent à quelques adaptations vocales ou instrumentales pour un concert où se mélangent, hier et demain, rage et douceur, richesse et simplicité, rêve et réalité.

Mais, comme les Trois mousquetaires, il y a un quatrième homme : Nicolas Panek qui leur concocte un son rond et chaleureux, tout à fait à l’aise dans les briques chaudes de la Cave Poésie. Et le public enchanté en redemande.

On retiendra entre autres les superbes « Es sus la talvèra qu’es la libertat** » (Joan Bodon) / « C’est à la lisière qu’est la liberté » (Jean Boudou), et « C’est peut-être Mozart** » du regretté Alain Leprest, arrangé en milonga, sans oublier et le poignant « Adios a Espana », hérité du grand père Lopez et chanté a capella avec tout son duende par son petit-fils.

Guillaume Lopez, multi-instrumentiste (flutes, sax, cornemuse…) a trouvé son chant profond au fil de ses rencontres musicales et humaines, n’hésitant à aller à l’Hôpital La Grave pendant plusieurs années, en Gériatrie, faire chanter et danser les anciens à qui il a apporté sa grande convivencia, convivialité, et auprès de qui il a collecté au passage des refrains en voie de disparition.

Saute-montagnes, saute-frontières, il sait que le plus court chemin, ce n’est pas la ligne droite, c’est le rêve. Et il faut lui faire la courte échelle pour arriver aux étoiles de son gré.

En allant à la Cave Poésie où est actuellement enregistré le deuxième album de Sòmi de Granadas (et partout où il joue bien sûr), mais aussi en souscrivant à ses deux beaux projets : Las simplas Cosas (canciones, coplas y tangos) dont la Retirada et l’Amour sont les fils conducteurs, avec le guitariste Morgan Astruc et le contrebassiste Pascal Celma ; et Celui qui marche (on pense à la sculpture de Giacometti à la Fondation Maeght), tour de chant enraciné dans son territoire imaginaire emprunt des sonorités d’une Toulouse qui regarde vers le Sud, avec toujours Thierry Roques, Pierre Dayraud, Nicolas Panek, mais aussi Pascal Celma et Camille Raibaud au violon.****

Cette vieille copla andalouse semble avoir été écrite pour lui :

Pour le pauvre sans le sou

Sans maison toujours ouverte

L’hôpital ou la prison

L’Eglise ou le cimetière

 

Si seul vivre une fois

Si seul marcher une fois

Si seul aimer une fois

Si seul chanter une fois

 

De la poussière de la route

Moi j’arrache les coplas

L’une n’est pas finie

Que j’en tiens une autre

Kenavo, Guillaume, bonne route à tes rêves de Grenade.

 

Elrik Fabre-Maigné
Chevalier des Arts et Lettres

 

* avec qui Guillaume Lopez vient de produire un deuxième disque, « Le Bal », et avec qui il n’arrête pas de prendre la route, comme avec Sòmi de Granadas.

 

** qui a donné son nom à un des grands groupes occitans, la Talvera de Cordes sur ciel, et adapté ici pour Toulouse par Eric Fraj.

 

*** C’est peut-être Mozart le gosse qui tambourine

Des deux poings sur l’bazar des batteries de cuisine

Jamais on le saura, l’autocar du collège

Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège…

Musique: Richard Galliano, adapté en occitan par Eric Fraj.

 

**** http://www.lecamom.com

 

 

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