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Tourbillon des sentiments dans l’Italie du XVIIe siècle : d’air et de feu

Ce sont deux voix en fusion, deux voix au-delà des corps, deux voix de l’âme.

Fermez les yeux au premier duetto « Cara e amabile belta » (Orfeo, Sartorio), vous ne savez plus qui est qui, il n’y a plus d’homme, il n’y a plus de femme, seules la pureté et l’esthétique du mélange intime des timbres.

Beauté et émotion des lamenti, humour des duos, alchimie des deux partenaires qui jouent subtilement l’un avec l’autre, avec la salle, avec les musiciens. Les pièces judicieusement enchaînées déroulent une histoire tour à tour tragique, drôle, amoureuse, légère, tourmentée. Tourbillon des passions.

(Crédit photo : Classictoulouse)

Philippe Jaroussky, extraordinaire Sesto (en culottes courtes) du Giulio Cesare in Egitto de Salzburg le mois dernier, est aérien, magique, presque irréel, tandis que Marie-Nicole Lemieux, crinière et robe de feu, est solaire, ronde, charnelle. L’ensemble Artaserse est en parfaite symbiose, les musiciens pleurent ou rient, sont virtuoses à leur tour – magnifique « La monella romanesca » (Cavalli) interprétée par le premier violon Alessandro Tampieri. Tous ont l’humilité des grands.

Applaudissements nourris mais sans ovation d’une Halle aux Grains sous le charme – les manifestations bruyantes ne sont pas du monde de la poésie.

Les Grands Interprètes, Halle aux Grains, Toulouse, 11 juin 2012

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2 commentaires

  • Anne-Laure Brétigny dit :

    Je suis en train de les regarder sur Mezzo en ce moment même.

    Je partage tous les commentaires de l’article, sauf un petit bémol sur le timbre de Jaroussky, que je trouve un peu strident, enfantin certes, mais pas angélique… Peut être, je n’ai pas fini de faire le deuil de Deller.

    Le jeu de scène est en fait, très juste, l’auteur de l’article a bien vu. Ils sont charmants.

    L’orchestre me plait beaucoup. Je suis séduite en premier par les clarinos, un instrument à côté duquel j’ai eu l’honneur de chanter en 2001… Un timbre adorable, brillant mais pas strident, et qui n’étourdit pas le chanteur. Ils se marient très bien aux voix des solistes.

    La théorbe me donne des frissons. Et la beauté de la viola da gamba est aussi éblouissante que son son.

    Un régal.


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