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House of pain

06 Mai Publié par dans Danse | Commentaires

Découverts à Toulouse il y a quelques années par le CDC Toulouse-Midi-Pyrénées et révélés l’an passé au TNT – ça s’appelait 32 rue Vandenbranden –  les belges de Peeping Tom reviennent sur grand plateau, avec un petit bijou au titre énigmatique « A louer ».

Depuis leur rencontre dans le sillage du déjà culte Alain Platel, les belges de Peeping Tom explorent, par le trou de la serrure, la géométrie dans l’espace. Celle d’une caravane miteuse d’une Vie Inutile, d’un Salon cossu, d’un Sous-sol crasseux ou encore d’un Jardin à la pelouse trop verte pour être honnête. Et puis, la saison dernière, ils entrebâillaient les persiennes du 32 rue Vandenbranden sous le regard enthousiaste du public du TNT. Car, voyez-vous cette danse-là ne s’envisage, paradoxalement pas, par le petit bout de la lorgnette. Ici le mouvement est religion et le geste n’y est que puissance. Encore que réduire un spectacle de Peeping Tom au seul terme de danse serait très inexact. A l’instar des Platel et autres Vandekeybus, le duo à la vie comme à la scène, Gabriela Carrizo-Franck Chartier, mélangent alertement musique, chants live, théâtre et le cinéma n’est jamais très loin. D’ailleurs cette grande maison à louer, avec son carrelage en damier et ses lourdes tentures, a plus à voir avec la Red Room de Twin Peaks qu’avec un studio de danse.

A durée indéterminée

Ici vit une écrivaine qui nous raconte l’histoire de cette chanteuse lyrique, la merveilleuse soprano Euridike de Beul – également cheville ouvrière de la compagnie auprès du tandem Carrizo-Chartier. La voilà courant après sa jeunesse, son succès d’antan sans parvenir, bien entendu,  à rattraper quoi que ce soit. Car finalement, comme des appartements, des autos, des it bags et même des chevaliers servants, nos bouts de vie ne seraient finalement qu’à louer pour une durée indéterminée. Peeping Tom file la métaphore – celle de la situation incertaine de  l’artiste en ces temps de crise et s’interroge «  Sommes-nous nécessaires ? Peut-être est-ce une étape dans sa vie. Peut-être faut-il, à un moment donné, tout brûler ? » Et là, dans la réalité d’une scénographie ultra naturaliste, véritable signature de la troupe, les vies et les personnages ne font plus qu’un. Sur plateau, les corps sont saisis de spasmes et  les membres contorsionnés à l’extrême, les chutes sont vertigineuses et brutales. Comme souvent dans les compagnies de danse contemporaine belges, la virtuosité des interprètes n’est pas la moindre des qualités du spectacle. L’on y chante et l’on y danse dans une quasi-perfection qui vous tire les larmes. Et, en ces fins de saison culturelle où l’on préfère souvent la tiédeur d’une terrasse à l’obscurité des salles, faites cette exception-là. C’est quasi immanquable.

Karine Chapert

À louer/ Peeping Tom, du 23 au 26 mai. Au TNT (en coréalisation avec le CDC Toulouse/ Midi-Pyrénées), à partir de 7 euros, www.tnt-cite.com

Photo : © Herman Sorgeloos

 

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