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Mirage des sons du Sud

09 Fév Publié par dans Musique du monde | Commentaires

Musiques baroques, musiques anciennes de la Chine méridionale et de Taïwan

L’empire du Milieu des Passions

Vivaldi, nouveau Marco Polo !
Alors que le vénitien Marco Polo (1254-1324) nous avait révélé la route de la soie, Vivaldi (1678-1741), autre vénitien, nous aura apporté lors de ce concert les soieries des musiques mélangées du baroque italien et des musiques anciennes de la Chine.

De l’Orient soufflent les vents du Sud, disait l’ethnomusicologue François Picard.

Mais si tant d’échanges commerciaux ou entre plasticiens, ont pu se faire, la différence fondamentale entre les systèmes musicaux du baroque, basé sur la musique tonale, et la musique ancienne chinoise basée sur le système modal, surtout pentatonique, n’ont guère produit de rencontres. Certes Le Chant de la Terre de Mahler ou des compositions contemporaines ont cité ce monde musical intense et profond qu’est la musique chinoise. La traditionnelle du moins, car maintenant elle s’occidentalise totalement, et fabrique à tour de bras des solistes internationaux qui préfèrent Liszt ou Tchaïkovski à leur patrimoine.

Aussi dans le cadre du Festival Asia, la rencontre entre le Xinxin Nanguan Ensemble et l’orchestre des Passions de notre vénéré mandarin Jean-Marc Andrieu était riche de promesses. Car une beauté douce et calme leur était commune.

Sous l’impulsion de Jiang Nan, jouant des cithares sur table, qui a réfléchi, transcrit, et tenté des fusions possibles, une recherche de mélanges, de compréhension, d’échanges a été entreprise, et parfois réussie. Une installation vidéo, parfois intéressante quand elle laissait voir naître des idéogrammes, mais souvent inutile ou hors sujet avec cette danseuse décalée, aurait pu , en affichant les traductions simultanées d’accéder à la richesse de la partie de musique traditionnelle.

Parlons donc d’abord des moments intenses et partagés. Ce fut dans Vivaldi. Le concerto pour flûte à bec se fit bientôt à deux flûtes, celle montalbanaise et celle chinoise. Mais comme souvent c’est la folie qui unit les êtres et dans les variations sur le thème de « la Folia », une magnifique synergie entre les ensembles s’opéra, sans qu’aucun ne perde sa couleur propre. Les percussions de Yang Yi-Ping, les arabesques du Guzheng (cithare) de Jiang Nan, la flûte de bambou de Wi Po-Nien, les luths, et les différents autres apports « exotiques » ont vraiment fait un beau charivari. Rarement Vivaldi ainsi réarrangé, réécrit, a sonné avec d’aussi belles couleurs.

Ensuite le dialogue tourna au monologue, avec parfois un léger continuo aux codes des Passions pour ne pas abandonner nos chinois à leurs légendes intérieures. Mais ces moments de musique chinoise, à base de ballades anciennes, chantées Wang Xin Xin, jouant également du pipa, furent moments de magie sonore, mais hélas énigmatique, car toute la poésie des mots nous était étrangères, car non traduites.

Mais la magie de la voix de cette chanteuse, ductile, sinueuse, comme un long fleuve, aux intonations sans cesse variées permettait déjà bien des visions. Nous étions transportés dans un palais interdit. Ces longues ballades, la beauté irradiante de cette femme, la douce brume de sa voix, nous faisaient passer de l’autre côté de la muraille des frontières. Elle est saisissante et sa présence scénique tient de l’envoûtement.

Les poèmes chantés, en alternance avec des pièces solistes, ont trouvé leur apogée dans le chant « Enterrer les fleurs » (Zang Hua Yin) et la joute musicale entre la flûte d’Andrieu et la cithare.

L’impression qui nous reste est bien sûr d’avoir assisté à un concert exceptionnel , mais pas forcément à une rencontre de toute façon impossible. Cette métaphysique des fausses rencontres a donné ce concert en deux parties irréconciliables, mais chacune fascinante.

À part le miracle de la Folia de Vivaldi, il nous demeure en mémoire la découverte d’une musique à peu près inconnue, alors que la musique japonaise est plus répandue, mais celle-ci est largement aussi subtile et prenante.

Déjà l’écoute de cette musique aristocratique par ses nuances infinies justifie tout un festival. Et la généreuse idée de chercher à marier des traditions si lointaines est une grande recherche de fraternité et d’échanges, si rare dans la froideur actuelle de ce monde standardisé dans ses musiques mondialisées et commerciales.

Merci aux organisateurs et aux musiciens, et Nira !

Gil Pressnitzer

Festival Made In Asia

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