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« La délicatesse », un film de David et Stéphane Foenkinos

24 Déc Publié par dans Cinéma | Commentaires

Coup de foudre salvateur

Le titre de ce film est déjà une gageure. Comment, dans la civilisation d’aujourd’hui, peut-on vendre un objet, fut-il du 7ème art, sur le thème de la délicatesse ? Et pourtant, dès la parution du roman éponyme en 2009, David Foenkinos, qui en est l’auteur, connaît un succès considérable (700 000 exemplaires vendus) que ce film va certainement faire encore  évoluer. Et c’est tant mieux !  Que nous propose ce scénario ? Une histoire « driste », comme disent les deux frangins réalisateurs. Une histoire drôle et triste à la fois. L’histoire de Nathalie, ouvreuse dans un théâtre qui finit par décrocher un job un rien plus lucratif dans une boîte suédoise. Derechef elle découvre le grand amour avec François. Mariage, complicité, plein de bisous, c’est le bonheur. Jusqu’au jour où François se fait faucher par une voiture alors qu’il fait son footing. Ah mince, la comédie vire au noir après nous avoir confortablement installés. Nathalie se rue sur son travail, seule manière de fuir en avant. Elle se transforme en petite boule de chagrin, repliée sur elle-même. Tout est fini. Tout, peut-être pas. Au milieu des cendres sentimentales de ce bonheur meurtri, Nathalie ignore qu’une petite braise rougeoie encore. Elle rougeoie au point qu’un beau jour, dans son bureau, alors qu’un de ses subordonnés lui amène un dossier à régler, elle va, comme hypnotisée, aller l’embrasser sur la bouche. Stupeur et tremblement de la part de Markus (c’est lui l’heureux bénéficiaire de ce transport sentimental). Stupeur d’autant plus que Markus, Suédois exilé en France n’est pas tout à fait ce que l’on appelle un sex-symbol. Il s’apparente plutôt à un géant débonnaire, au regard encore perdu  dans les immensités glacées de son pays natal. Nathalie ne comprend rien à cette pulsion. Et tout pourrait s’arrêter là. Sauf que le géant en question, un homme avant tout, se cramponne comme un perdu à ce moment surprenant… La suite justifie le titre. Même si la figure plurielle de La Belle et la Bête survole ce pitch, la grande force de ce film est de nous montrer que rien, en matière de sentiment, n’est calibré ou écrit d’avance. Damant le pion à une Audrey Tautou (Nathalie) pourtant formidable, le Belge François Damiens (Markus) est ici complètement irrésistible de candeur mêlée de naïveté, un comédien doté d’une authenticité désarmante de naturel. Notons, à leur côté, des silhouettes particulièrement bien croquées interprétées par Bruno Todeschini en directeur un rien libidineux et pathétique, Pio Marmaï épatant malgré un rôle éphémère (c’est lui François)et Joséphine de Meaux, la copine à toute épreuve de Nathalie.

Un premier long d’une fraîcheur apaisante et  bienvenue.

Robert Pénavayre

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