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Théâtre Daniel Sorano-Jules Julien

02 Oct Publié par dans Théâtre | Commentaires

Nouvelle saison 2011-2012

Exorciser les fantômes et repartir de l’avant

Nombreux et prégnants sont les fantômes qui hantent les murs légendaires des théâtres Sorano et Jules Julien.
Pour ce dernier l’ombre de Luc Montech qui, dès l’ouverture du lieu en 1982, le marqua avec sa troupe du théâtre du Réel de son empreinte artistique jusqu’en 2009. Le réel le rattrapa en avril 2011.
Pour l’auguste salle Sorano, le passé est encore plus lourd à porter. Jadis amphithéâtre de médecine et transformé en lieu de paroles par la volonté de Maurice Sarrazin en 1964 qui, pionnier de la décentralisation théâtrale avec Jean Dasté dès 1945, se bâtit pour quitter son grenier pour une véritable salle qu’il baptise Daniel Sorano, du nom de son ami « Sorano- de Bergerac ». Et passèrent d’autres ombres : Armand Gatti, le cher Henry Lhong, Simone Turk, Jean Bousquet …Le carillon de l’église Saint-Exupère prenait un malin plaisir à troubler les acteurs.

Chassé en 1969, Maurice Sarrazin revint par la fenêtre en 1983, puis en 2000 après l’intermède Jacques Rosner. Lui qui jouait si bien l’Avare de Molière laissa la place au fils prodigue Didier Carette dès la saison 2002-2003. On avait fait rentrer le loup dans la bergerie, et Didier Carette sera poussé à la démission en juin 2011, car il dérangeait par trop avec ses manières gargantuesques. Il eut avec cette exclamation finale : « Avant qu’on me casse, je me casse ! ».
Donc il était pour le moins délicat après toutes ses turbulences sévères de remettre le navire à flot. Les premières annonces mariant de force dans la même régie Sorano et Jules Jullien, nous ont fait craindre le pire, surtout après le naufrage du théâtre de la Digue, créé aussi par Maurice Sarrazin.

Puis la nomination d’un directeur par intérim, comme il tient à s’appeler, Pascal Papini, unanimement apprécié par toute la profession, autant comme auteur dramatique que metteur en scène, et que directeur artistique, nous à pleinement rassurer. Il faut souhaiter que l’intérim se transforme en CDI.

Car Il a relevé le pari insensé de mettre sur pied une saison en urgence, sans ostracisme, en conservant par exemple les excellents co-directeurs de Jules Julien, Jacques Chiltz et Caroline Bertran-Hours, et en offrant à Régis Goudot un beau retour en scène. Ce jeu de l’amour du théâtre et du hasard des émotions semble pertinent et réussi dans la nouvelle saison 2011-2012. Il ne pouvait en être autrement quand on connaît le travail remarquable que Papini opère au Conservatoire, et puis quelqu’un qui est ami avec le théâtre du mouvement (Yves Marc et Claire Hegen) si rarement invité à Toulouse ne pouvait être mauvais !
Il fallait sans doute ne plus renouveler en 2011 l’erreur de confier à une seule troupe le plein usage d’un théâtre, mais s’ouvrir et se diversifier. Cela a été entendu. Le décor rouge sang a été effacé comme des traces d’un crime, alors que tant de beautés convulsives et cruelles nous ont été données par Didier Carette. Mais le théâtre est aussi le mouvement et l’ouverture. Alors, tentons la nouvelle aventure.

Donc cette saison est portée par l’hommage aux acteurs par la thématique dominante « un auteur-un acteur », à la mise en service du lieu pour des résidences, des créations, des rencontres, des partenariats, et une attention forte aux troupes locales et au théâtre amateur.

Dans la floraison de près d’une cinquantaine de spectacles, répartis dans les deux lieux, on ne peut qu’être injuste et ne citer que ce que l’on admire déjà sans laisser place aux surprises qui viendront plus tard. Aussi assumons cette mise en lumière de quelques spectacles au détriment d’autres sans doute aussi prenants.
Ainsi, en vrac citons, égoïstement, la venue de Jean-Claude Gallota (Daphnis et Chloé), de la grande et belle Germaine Acogny (Songbook yaakar), Philippe Caubère (Urgent crier du gourou du Chêne Noir André Benedetto) dont la première apparition dans la Danse du Diable remonte à 1985 à la Salle Nougaro. Le temps passe et nous passons.
Le texte sulfureux de Bernard Noël, la langue d’Anna, sera porté par Andrée Benchétrit, Manu Galure poursuivra son petit bonhomme de chemin coaché par notre Juliette nationale. Deux spectacles espagnols sont à ne pas rater : la troupe Zaranda et la sauvage et déjantée Angelica Liddell. Solange Oswald retrouvera ses danses de la mort avec Europeana, et la mastication des morts. Christophe Tarkos fera entendre sa voix hallucinée et déconstruite, celle plus intrigante d’Antoine Volodine sera aussi présente. Sirio Scimone, découvert au Garonne, fera éclater son rire ravageur. La présence en filigrane de Sébastien Bournac attisera les surprises. La venue des troupes de la région, Cie les Anachroniques, Groupe Merci, l’Agit, Tabula Rasa, À bout de souffle, le sens opposé, le théâtre d l’impulsion, du Grabuge, Acide lyrique et tant d’autres, nous consolera à peine de la disparition du théâtre de la Digue, qui fut une vitrine essentielle pour toutes les compagnies.

La saison d’intérim est conséquente, et devra trouver une plus grande structuration, une meilleure lisibilité à l’avenir. Mais avoir mis sur pied dans une si grande urgence une telle programmation suscite l’admiration, car cela tient autant du cirque que du théâtre ! Car avoir repris ainsi ce bateau ivre est de la haute voltige, bravo au capitaine, capitaine des pompiers autant que du navire !

Pour finir faisons un rêve qui me hante depuis longtemps, déjà : faire du tandem Sorano, Jules Julien l’équivalent du Théâtre de la Ville à Paris et du théâtre des Abbesses. Pour cela il faut enfin reconnaître la très belle acoustique du Sorano propice aux musiques du monde, au jazz, à la musique classique de chambre. Je peux témoigner de cela ayant pu programmer souvent ces musiques dans ce lieu. Et puisque salle des musiques actuelles il y aura, il ne serait pas superflu d’imaginer une salle offrant autant le théâtre que la musique.
Rêvons donc un peu encore.

Gil Pressnitzer

Site Internet du Théâtre Sorano / Jules Julien

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