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« Et maintenant, on va où ? », un film de Nadine Labaki

27 Sep Publié par dans Cinéma

La femme, le meilleur avenir de l’homme

Tous les cinéphiles se souviennent avec un sourire aux lèvres du premier long de cette jeune réalisatrice libanaise. C’était en 2007 : Caramel. L’humour était alors l’arme fatale de cette cinéaste de 33 ans tranchant dans le vif de la condition féminine de son pays. Son second opus, aujourd’hui, est un peu plus complexe, voire plus dramatique car il aborde le sujet des combats inter-religieux qui ensanglantent le Moyen-Orient. Pour ce faire et sans se départir malgré tout d’une vis comica aussi décapante que foutraque, Nadine Labaki nous emmène dans un petit village qui pourrait être libanais, cerné de champs de mines. Là cohabitent tant bien que mal chrétiens et musulmans. Dans une prodigieuse séquence liminaire, la réalisatrice nous met en présence d’un véritable chœur antique composé des femmes de ce village. Elles se rendent, toutes de noir vêtues, au cimetière, portant sur leur poitrine la photo qui d’un mari, qui d’un frère, d’un père, d’un fils, disparu dans des combats dont elles ne comprennent plus du tout le sens. Arrivées au cimetière, les unes vont vers des croix, d’autres vers des croissants… Mais ce genre de pèlerinage, elles n’en veulent plus. A présent, leur vœu le plus cher est l’arrêt immédiat des hostilités, au moins dans ce village. Elles vont mettre alors en place une stratégie pour le moins osée, voire impensable, dans le but de stopper le massacre. Elles iront même au-delà de l’imaginable afin de démontrer le ridicule de tout sectarisme religieux.

Entourée de comédiens non professionnels et, comme d’habitude dans ces cas-là,  tous épatants de sincérité et de vérité, Nadine Labaki nous fait vivre le quotidien de cette communauté tiraillée par des enjeux qui la dépassent, flinguant au passage le rôle des medias, et de la télévision en particulier, dans  l’établissement de l’atmosphère insurrectionnelle. Et tout cela dans un climat proche de celui d’un…Jacques Demy. En fait, plusieurs scènes sont chantées et apportent, avec un excellent timing, la respiration nécessaire à ce film. Quelques idées, assez savoureuses, voire plus, pimentent ce film dont celle de faire jouer l’imam local par le véritable curé du village et le prêtre chrétien par…l’authentique imam local. Ce faisant, Nadine Labaki démontre par l’absurde l’inanité de toutes ces querelles dont l’origine se perd dans la nuit des temps.

Finalement plein d’espoir, ce film d’auteur, tourné faut-il préciser avant le Printemps arabe, est bourré d’optimisme. Et laisse rêveur…

Robert Pénavayre

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