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« J’ai rencontré le diable », un film de Kim Jee-woon

21 Sep Publié par dans Cinéma | Commentaires

Avec Lee Byung-Hun, Choi Min-sik.

Soo-hyun est un agent des services secrets, dont la petite amie est sauvagement torturée, assassinée et découpée par un tueur en série. Très vite, il démasque le tueur en pleine récidive, mais au lieu de le livrer aux autorités ou le supprimer, il s’acharne sur lui avant de le remettre en liberté. S’ensuit un jeu du chat et de la souris où Soo-hyun prend un malin plaisir à balader le psychopathe.

Mais contre toute attente, la proie se révèle plus coriace que prévue et se prend au jeu. Qui manipule l’autre ? Tandis que les victimes collatérales s’accumulent et que les autorités s’en mêlent, rien ne peut faire dévier Soo-hyun, pris dans un engrenage auto-destructeur…

Déjà réalisateur du thriller « A bittersweet life », de l’angoissant « Deux soeurs » et du western hommage « Le bon, la brute et le cinglé »Kim Jee-woon prouve avec cette chasse ultra-violente qu’il peut s’attaquer à tous les genres, et emboîter le pas de ses compatriotes dans le sillon du thriller implacable et désespéré. Une série de films sud-coréens, de « Old boy » à « The Chaser », en passant par « No Mercy » ou le plus soft « Memories of murder », réputés pour leur violence extrême, des chasses à l’homme jusqu’au-boutistes favorisées par l’inefficacité chronique de la police, et un refus systématique du happy end où le criminel a bien souvent le temps de faire souffrir mille morts à ses victimes avant de se faire supprimer (quand il ne s’en sort pas la plupart du temps).

Dans « J’ai rencontré le diable », on assiste à un face à face survitaminé entre deux chasseurs habités, portés par deux acteurs au sommet de leur art. Si le talent de Lee Byung-hun (acteur fétiche du réalisateur) arrive à apporter une consistance exceptionnelle à un super-agent qui avait tout pour faire pâle figure au milieu de cette meute de déglingués psychopathes, c’est bel et bien de nouveau Choi Min-sik(le meilleur acteur du monde ?), déjà phénoménal dans « Old Boy », qui bouffe chaque scène où il apparaît avec l’appétit d’un ogre cannibale. Le premier est affûté, aussi froid et déterminé qu’une lame tranchante, détruit de l’intérieur et bouffé par une quête désespérée, tandis que l’autre donne sa silhouette ronde à un profiteur de chaque instant d’infâmie, qui n’a plus rien à perdre et redemande même des sévices sur sa personne comme pour se sentir vivant.

Brillamment construit, pouvant se clore cent fois mais sans cesse relançant une machine nous plongeant de plus en plus dans le glauque, explorant de nouvelles strates d’horreurs à mesure que le chassé déteint sur le chasseur, les frontières se brouillent, le spectateur perd ses repères, des actes répréhensibles sont commis et choquent d’autant plus qu’ils sont la plupart du temps relégués hors champ. La traque infernale ne sombre jamais dans l’incohérence et parvient comme par miracle à chaque fois à nous garder dans son sillon sans nous faire décrocher.

Un grand thriller, un uppercut doublé d’un empalement au coûteau de boucher rouillé et bien crade, qui nous laisse pendu dans un antre perdu au milieu de nulle part. Le supplice n’est pas fini, loin de là. Nous entendre crier ? Non, y a personne à part le tueur…

Thomas Berthelon :  http://thomasberthelon.com

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