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Le Sacre de Tugan Sokhiev, en Tsar star !

20 Sep Publié par dans Musique classique | Commentaires

 

 

Le Sacre de Tugan Sokhiev

 

Salle comble pour ce concert de rentrée de l’orchestre du Capitole en partenariat avec Piano aux Jacobins. Quel moment ! Un programme tout russe par des interprètes survoltés.

Une rareté que ce concerto de Khatchaturian ! Certes la partition est par moments  emphatique, et risquerait de tomber dans une certaine caricature, mais les talents conjugués du chef, du pianiste et de l’orchestre en font un moment stimulant et énergisant. Les mélodies vigoureuses ou tendres basées sur le folklore  caucasien ouvrent vers un orientalisme original. Les rythmes vigoureux et les empilements d‘instruments évoquent l’époque brutale de la fin des années 30 en Russie. La direction ludique et précise de Tugan Sokhiev, sa complicité avec les musiciens d’orchestre autant que le pianiste confère beaucoup d’aération à une partition un peu compacte. Le jeu délicat mais assumant une part de violence, en cas de nécessité, de Boris Beresovsky est en parfaite osmose avec cette direction si pleine de vie. Les instrumentistes rivalisent de finesse et de beauté sonore. Rien que dans le mouvement lent violoncelle, flûte et clarinette basse méritent un tendre hommage à leur musicalité rare en raison de nuances piano timbrées, d’un admirable effet. L’émotion est considérable et les regards entre musiciens, chef et soliste sont le gage de ce partage amical. La solidité technique de Boris Berezovsky est toujours intégrée à la plus rare musicalité. Jamais la moindre hégémonie virtuose ne tente ce pianiste inouï. En bis, il offre deux partitions très opposées de Khatchaturian, une berceuse legato mais assez vigoureuse pour nos oreilles sensibles, et une Toccata diabolique. Les dons de Boris Berezovsky explosent en ces deux extrêmes : il semble pouvoir faire tout ce qu’il veut d’un piano.

 

Orchestralement si le concerto réserve de beaux moments à l’orchestre ce sont les deux suites de ballet de Stravinski qui mettent les projecteurs sur absolument toutes les familles de musiciens. Nous aimerions parler de chacun tant à chaque instant des pépites ont brillé. Osant des nuances sur un fil le basson, ouvre le Sacre du Printemps avec une émotion rarement retrouvée dans cette pièce brillante. Si ce n’est pas la première fois que l’Orchestre toulousain interprète cette pièce jamais le public ne l’avait entendue si parfaitement. Gageons que l’enregistrement réalisé les jours précédents leur a permis d’en peaufiner les moindres strates, car vraiment il est bien rare d’entendre si clairement tout ce que cette partition diabolique contient. La qualité première du son de l’orchestre est la jeunesse et la lumière. La précision rythmique force ensuite l’admiration ainsi que l’énergie bouillonnante de chacun. De même que chaque pupitre mériterait une longue analyse de ses qualités, la direction de Tugan Sokhiev est d’une inventivité qui subjugue. Il semble avoirs mille yeux et mains, tant il est présent partout. La narrativité dramatique dont sa direction est gorgée irrigue ce ballet de moments théâtraux aveuglants que ce soit de l’éveil de la nature végétale comme animale, l’arrivée du patriarche ou  l‘envol de l’âme de l’élue sacrifiée. La souplesse des moments les plus archaïques leur donne une dimension mythique par des éléments de danse païenne omniprésente. Pièce hymnique, poème d’amour et de mort, ballet fulgurant, argument théâtral sans âge, toute se mêle jusqu’au vertige pour l’auditeur qui ressort abasourdi, vieilli de milliers d’années et rajeuni de bien plus encore, les oreilles et l’âme transportées par un moment rare. L’incandescence de cette interprétation passera-t-elle au disque ? Si c’est le cas préparons-nous à ce qu’il fasse le tour de la planète avec succès.

Ce n’est pas mésestimer la suite de l’Oiseau de feu que d’en parler en dernier alors que cette suite ouvrait le concert. Un seul mot peut résumer cette interprétation. La flamboyance est partout et si une seule pièce résume cet adjectif, c’est la berceuse tendre gonflant vers l’incendie du grandiose final. On reste sans voix devant une telle perfection. Le feu fait musique, on vous dit ! On ne peut d’avantage s’expliquer. Les mots sont trop pauvres…

Un concert de rentrée qui Sacre Tugan Sokhiev Tsar star à Toulouse. Longue vie à cette collaboration brûlante avec l’Orchestre du Capitole qui lui a tout donné avec générosité au point qu’aucun bis n’a pu être proposé. Tout avait été offert lors du concert !

Hubert Stoecklin

Toulouse. Halle aux Grains. 17 septembre 2011.

Paru sur clasiquenews.com

 

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