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« La conquête », un film de Xavier Durringer

04 Juin Publié par dans Cinéma

Un film terriblement ambigu

6 mai 2007, Nicolas Sarkozy abattu, attend les résultats de son élection comme Président de la République française. Le résultat ne fait aucun doute. Et pourtant. Cet homme qui se bat depuis toujours pour la chancellerie suprême est abattu tout de même car sa femme, Cecilia,  vient de le quitter pour un autre homme. L’actualité du film est cette journée du 6 mai. Le sujet du réalisateur est d’introduire dans cet espace-temps très court, les cinq années de manœuvres en tous genres qui ont amené Nicolas Sarkozy à l’Elysée. C’est l’occasion pour Xavier Durringer de dresser un panorama au vitriol d’une vie politique française peu reluisante en définitive. C’est aussi l’occasion de dresser une galerie de portraits dignes de figurer dans les palais mafieux de Sicile. Sauf qu’il s’agit des personnes qui, de près ou de loin, nous gouvernent. Et pour le coup, cela fait froid dans le dos. D’autant que le scénario est signé de Patrick Rotman, autant dire qu’il est particulièrement documenté et quasiment inattaquable. Pour la crédibilité de ce film, chaque personnage porte son nom « historique », que ce soit Nicolas Sarkozy (Denis Podalydes) bien sûr mais aussi Cecilia Sarkozy (fantastique Florence Pernel, en fait la meilleure de ce casting pourtant haut de gamme), Dominique de Villepin (Samuel Labarthe), Jacques Chirac (Bernard Le Coq), ou encore Claude Guéant (Hippolyte Girardot). Et bien d’autres évidemment. Certes, le film ne nous apprend rien sur les turpitudes de ce milieu trivial, arriviste et démesurément carriériste. Disons qu’il met, ou tente de mettre plutôt l’accent sur la solitude de l’Homo politicus. Et en la matière, Nicolas Sarkozy est un exemple frappant. Mais ce faisant, la caméra de Xavier Durringer se fait de plus en plus complaisante jusqu’à nous jeter, ou tenter de nous jeter, dans les bras de ce monstre politique qui sacrifia sa femme à ses ambitions. Petit à petit, au fil des séquences, l’empathie gagne du terrain, la violence de l’homme disparaît, laissant place à une figure de martyr de la politique. Et c’est à ce moment-là que ce film qui se veut tout sauf militant, devient terriblement ambigu.

A voir, car ce type d’exercice cinématographique est une première en France, mais à voir avec des yeux grands ouverts…

Robert Pénavayre

 

 

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