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Concert Orchestre National du Capitole, Tugan Sokhiev, jeudi 7 avril

11 Avr Publié par dans Musique classique | 1 commentaire

On n’y croyait plus

Il est des soirées où l’on se dit : « pas de chance ». L’approche de la Halle se révèle plus compliquée, il faut se précipiter,et enfin, faire des efforts soutenus de concentration pour “ rentrer“ dans la première œuvre du programme, la suite « Pelléas et Mélisande » de Gabriel Fauré, de la très belle musique française à n’en pas douter mais qui n’a pas suscité un très grand état d’excitation dans les travées. Le Concerto pour harpe qui suivait, de Boris Tischenko, récemment décédé, était interprété par son épouse, Irina Donskaya. Annoncé d’une durée de 25’, il s’étirera sur, 45’ au cours desquelles l’attention ne fut pas globalement classée cinq étoiles. La faute au public ? ou à une œuvre deux fois trop longue qui s’écoute et se répond à elle-même, avec des moments d’énergie aussi fantasques que les coups de vent dans les pales d’une éolienne. On se prend à espérer que c’est le dernier, espoir déçu comme nous le prouvent les pages encore noires que tournent fébrilement quelques pupitres. Même la présence fortuite d’un dessinateur perché, pourtant très éclairé et peut-être placé là à dessein, n’arrivera pas à nous distraire un brin. C’était une création mondiale.

A la pause, on se reprend à espérer, et il y aura bien récompense au bout. Comme s’il fallait se libérer, l’orchestre et tous ses membres se lancent presqu’avec rage, dans Les Valses nobles et sentimentales de Maurice Ravel. Mais la grosse cylindrée a son chauffeur attitré, Tugan Sokhiev, qui n’a nullement l’intention de faire une embardée et sait fort bien imposer à ses chevaux les changements d’allure convenables et éviter quelques tourbillons hasardeux. La maîtrise exercée sur l’orchestre est redoutable d’efficacité et l’on retrouve bien dans ces Valses, diversité de rythmes et de coloris. Sauvé ! et ce n’est pas terminé. Tel un V8 d’Audi, l’orchestre et son chef se lancent sur la route tellement bien choisie : la Suite n°2, du ballet Bacchus et Ariane d’Albert Roussel. Tandis que le contrôle de fer sur l’orchestre s’exerce presque avec le petit doigt, même dans les plus grands débordements, les cylindres vont vrombissant. La vitalité irrépressible de cette musique ne pouvait se conclure que par une Bacchanale explosive telle une ligne d’arrivée victorieusement franchie ; elle le fut et la soirée, sauve, et nous, bien contents.

Anacreonte

 

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Un commentaire

  • elisa dit :

    Si j’osais…..
    Au risque de déplaire aux mélomanes et autres érudits, je voudrais décrire ces ailleurs insoupçonnés où Tugan Sokhiev nous emporte.
    L’ailleurs de jeudi soir était étrange, fait de sons qui grincent, qui claquent , qui gémissent et plus étrange encore en fut la traversée…
    Sensation unique de vivre un moment rare , où un homme suspend le temps et de sa main guide au delà de ses musiciens, tous ceux qui acceptent de lâcher prise…


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