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« Black Swan », un film de Darren Aronofsky

14 Fév Publié par dans Cinéma

L’enfer de la danse

Depuis The Wrestler (2009), les cinéphiles connaissent l’acuité et la violence avec lesquelles ce réalisateur tisse des liens entre le corps et l’âme de l’humain. Après donc le catch, voici la danse. Etrange raccourci me direz-vous. Peut-être, sauf qu’à y regarder de plus près, ce sont deux sports particulièrement traumatisants. Longtemps assimilée par les béotiens à une activité efféminée, avec tout ce que cela comporte de sous-entendus en termes de difficultés et d’orientation sexuelle, la danse est aujourd’hui enfin reconnue comme l’un des arts les plus difficiles, réclamant des sportifs de très haut niveau doublés d’artistes intensément émouvants. Cela dit, le monde de la danse est un monde particulièrement codé et secret dans lequel règne une implacable hiérarchie couronnée par ces fameuses Etoiles, stars parmi les stars de tout corps de ballet. Ce sont elles qui trustent les premiers rôles. Les plus beaux. Le dernier opus de Darren Aronofsky nous entraîne dans les coulisses de ce qui pourrait être le mythique New York City Ballet. La compagnie doit donner une nouvelle version du fameux Lac des cygnes. Qui sera la Reine des cygnes, ce double personnage de cygne blanc et de cygne noir, Odette et Odile dans l’argument d’origine, les deux facettes d’une même femme ? Nina est choisie. Mais c’est le rêve d’une vie qui va alors se métamorphoser en épouvantable cauchemar. Craignant d’être supplantée dans ce rôle par une nouvelle venue, Nina va être la proie des pires hallucinations. Le film tourne alors au suspense horrifique, sanglant, éprouvant. Finies les pointes élégantes, voici venu le temps des couteaux dans la figure, des éclats de miroir dans le ventre, des automutilations saignantes. Entre recherche d‘absolu, révélation du côté obscur de son âme, pression professionnelle, rivalités, temps qui passe, sacrifice de son corps, le réalisateur étreint une quantité impressionnante de sujets psychanalytiques. Vous sortirez épuisés de ce film, vous demandant s’il faut le haïr ou l’adorer. Car, même si Darren Aronofsky aborde la danse par le biais de la douleur, ce qui est la stricte vérité et  ce qu’évitait laborieusement l’insipide documentaire de Frédérick Wiseman (La Danse –2009), la réduire à un éternel et meurtrier combat d’égo relève du détournement fantasmatique. Virtuose, efficace, le réalisateur suit et dirige ses comédiens avec un sens diabolique du cadrage, de la lumière, des couleurs et du montage. Natalie Portman en Etoile est tout simplement sidérante de justesse et d’ambiguïté, au même titre que Vincent Cassel, en french chorégraphe dans ce film.

Une interdiction aux moins de 12 ans n’aurait pas été superflue…

Robert Pénavayre

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