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« Siddhartha » : Herman Hesse au théâtre du Pavé

11 Fév Publié par dans Théâtre | Commentaires

Un homme à la recherche de lui-même qui finit par rencontrer le monde : Herman Hesse, auteur du Loup des Steppes et de Demian, est peut-être aussi célèbre pour son Siddhartha, qui offre au lecteur le parcours initiatique du personnage, interprétation du Bouddha. Bien plus qu’une porte d’entrée sur l’œuvre, la pièce en représentation au théâtre du Pavé (Toulouse) est un passage, une mise en réalité de son contenu. Une expérience, en somme.

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Hermann Hesse, écrivain allemand puis suisse, témoin de deux guerres mondiales, est avant tout connu pour son goût du récit initiatique. C’est le cas pour Demian (incroyable texte écrit en trois semaines de frénésie, à la suite d’entretiens avec Carl Jung) ainsi que pour son roman le plus populaire, Le Loup des Steppes. Si ce sont là les trois seuls romans que j’ai lus de l’auteur, il semblerait tout de même que cette caractéristique marque également des œuvres plus tardives comme Le Jeu des Perles de Verre. Bref.

Jamais confiné à la religion, Siddhartha reste un texte spirituel, nourri de bouddhisme autant que de Nietzsche (grand admirateur de la pensée bouddhique Mahâyana) et de Carl Jung. Evocation de la doctrine du Juste milieu entre nihilisme et hédonisme, le parcours du personnage montre que la plénitude se trouve dans l’expérience des sens davantage que dans le renoncement au monde. Il faut être le monde. Et un personnage-clé du roman, le passeur, ramène non pas Siddhartha au monde mais plutôt le monde entier dans cet homme, que la quête perpétuelle a mené à vivre plusieurs vies en une seule. Figure, déjà, d’une forme de renaissance et preuve, surtout, que tout est impermanent.

Un rôle de passeur : voilà comment on pourrait aborder la pièce ici présentée, portée par un seul homme, Alexandre Bernhardt. Et quel poids… Si l’histoire conte la transcendance de Siddhartha, personnage central inspiré du Bouddha historique, le comédien, lui, interprète tous les protagonistes : son père, son meilleur ami Govinda, son amante, le sage Gautama et d’autres encore, dont le fameux passeur. Cet homme qui écoute le fleuve lui raconter le monde et offre la traversée en bac au héros joue un rôle central dans son initiation. Et c’est précisément à lui que s’apparente le comédien dans cette pièce de théâtre. En jouant tous les personnages, Alexandre Bernhard fait un peu de chacun des spectateurs un Siddhartha en puissance. Lui, sur scène, diffuse, transmet. Il nous conduit à écouter, à attendre, à être patient.

Le comédien évoque d’ailleurs son travail d’une manière assez similaire : comme si le livre, immense, était présent en arrière-plan et que son rôle à lui était de le diffuser, de transmettre son contenu. De le faire passer, en somme.

Alexandre Bernhardt après la représentation


Tout autant que le fond et l’intention, la manière est elle aussi irréprochable. Au-delà de la performance physique (que cette pièce doit épuiser le comédien…), la mise en scène mêlant récit, jeux de lumière et d’espace et interprétations de personnages trouve écho dans le jeu du comédien, qui s’anime de déplacements qui font sens, de mouvements soigneusement chorégraphiés, de mimes évocateurs et, pour ajouter au caractère universel, de quelques éléments de langage des signes.

Le message passe, le texte vit, le spectateur vit l’expérience. Tout comme, à n’en point douter, Hermann Hesse l’aurait souhaité. Et comme à la fin de chaque expérience initiatique, chacun en sort grandi.

Siddhartha – Théâtre du Pavé, rue Maran, Toulouse (métro : St-Agne). Jusqu’au 12 février, 20h.

Texte : Herman Hesse. Chorégraphie : Lucie Lataste. Mise en scène : Alexandre Bernhardt.

http://www.theatredupave.org/

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Article initialement paru sur Fractaleblog.

http://www.envoie.eu/fractale/blog/index.php?trackback/85
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