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MEDEA, porte-drapeau antique de la monogamie

17 Jan Publié par dans Musique classique

C’est en 1992 que Pascal Dusapin, à trente-sept ans, s’attaque au mythe de Médée et compose l’opéra Medeamaterial, sur un texte éponyme de Heiner Müller, pour l’Orchestre de la Chapelle Royale et le Collegium Vocale Gent. Il est un compositeur contemporain heureux, ses opéras ayant la chance de connaître plusieurs mises en scène, condition indispensable pour en explorer toutes les virtualités car, peu ou prou, il se trouvera toujours quelqu’un pour leur rendre pleinement justice, et par conséquent, les révéler à un plus large public.

Dusapin a la réputation d’être un artiste très méfiant, et prenant le maximum d’assurances sur le metteur en scène susceptible de monter un de ses ouvrages. Il se retrouve pourtant complètement “bluffé“ par le projet de la chorégraphe Sasha Waltz qui va littéralement le subjuguer. En effet, elle lui propose non pas une simple transposition dansée d’un spectacle lyrique mais bien une lecture personnelle du mythe en s’appuyant sur sa musique et sur le texte de la figure de proue de la scène théâtrale de l’après-guerre.

A partir de la partition, Sasha Waltz crée donc Medea, pièce tout autant lyrique que chorégraphique. C’est son second opéra-chorégraphie après Dido and Aeneas d’ Henry Purcell, créé en 2005.

«Je tenais à mettre en scène mon interprétation du mythe. On considère souvent Médée comme une femme assoiffée de vengeance, qui tue ses enfants parce que son époux l’a quittée. Médée est une guérisseuse, une magicienne ; ses pouvoirs sont bénéfiques, même si elle finit par s’en servir pour détruire. Il s’agit d’une variante pour mettre le corps en avant….et même de nombreux corps différents.»

L’œuvre ressemble davantage à une petite cantate tragique comme on a pu en écrire tout au long des derniers siècles, sur ces reines et princesses qui ont des malheurs, d’Ariane à Didon ou Daphné. C’est un thrène d’une heure et demie pour soprano solo – à Toulouse, la soprano colorature allemande Caroline Stein. La voix de Médée est complétée par un quatuor vocal amplifié entourée des voix enregistrées, détimbrées, de son époux et de sa nourrice. Sasha Waltz fait appel aux dix-huit choristes de l’ensemble berlinois, leVokalconsort, créé en 2003, qui réunit des chanteurs tous issus de chœurs de chambre actifs sur la scène internationale. Elle fait appel aussi à l’Akademie für Alte Musik Berlin. Fondé en 1982, cet ensemble est aujourd’hui reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes d’Europe pour le répertoire contemporain et baroque.

La direction musicale revient au chef anglais Markus Creed, grand chef de chœur de réputation internationale.

A cet ensemble, la chorégraphe va amalgamer un groupe d’une vingtaine de danseurs qui vont devoir réussir à marier son style si personnel à l’antique tragédie grecque évoquée par Müller et Dusapin. Et l’on n’oubliera pas que ce que l’on entend, c’est la vengeance d’une femme trahie par l’homme auquel elle a tout sacrifié. Elle crie son amour-haine et son refus de partager. Mais le cri n’est-il pas aussi la limite de l’écriture vocale de Pascal Dusapin ?

Michel Grialou

Le spectacle est présenté dans le cadre du cycle Présences vocales par le Collectif éOle, Odyssud, le Théâtre du Capitole et le Théâtre Garonne.

Théâtre du Capitole – les 28 et 29 janvier – 20h

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